Six semaines de danger d'avalanche marqué ¶
Le problème de la neige ancienne ne finira-t-il jamais ? En Engadine, le danger d'avalanche était au moins "marqué" (degré 3) depuis 41 jours, ce qui constitue un record. Certes, il n'y a plus eu autant d'avalanches déclenchées vers la fin de cette période, mais elles pouvaient encore devenir grandes.
Météo ¶
Le mardi 24 février, 10 à 15 cm de neige sont tombés dans le nord des Grisons, et dans la nuit du lundi au mardi 2 et 3 mars dans le sud. Ailleurs, le temps était doux et printanier avec un ensoleillement important et un isotherme zéro degré généralement situé entre 2000 et 3000 m (photo 1). Cet AvaBlog ne décrit donc pas un cycle spécifique d'avalanches, mais le problème persistant de la neige ancienne.
Manteau neigeux ¶
Avant cette période d'Avablog, il était tombé du 8 au 24 février de 2 à 3 m de neige fraîche sur une grande partie de l'ouest et du nord, mais nettement moins dans le sud, en Engadine et dans le sud du centre des Grisons (environ 1 m). Cette neige s'est superposée au manteau neigeux mince mais particulièrement fragile du début de l'hiver. Dans ces couches anciennes à gros grains, des avalanches pouvaient encore être déclenchées par endroits à la fin de cette période.
Problème de la neige ancienne ¶
La constitution défavorable du manteau neigeux était largement répandue, et avec elle le problème de la neige ancienne.
Au début de la période, juste à la fin des deux semaines de précipitations (AvaBlog du 23 février), plusieurs très grandes avalanches se sont encore déclenchées spontanément, surtout dans l'ouest (cf. photo 2). Cela a été favorisé par le réchauffement en cours de journée après une nuit couverte. Dans les régions avec moins de neige fraîche, le manteau neigeux était tout aussi instable, mais les avalanches ne sont généralement pas descendues jusque dans les vallées (photo 3).
Le problème de la neige ancienne a persisté et c'est ainsi que dans toute la Suisse, du 6 janvier au 6 mars, il n'y a pas eu un seul jour où des bruits sourds n'ont pas été signalés (figure 4). Avec le temps, le risque de déclenchement d'avalanches a diminué. Les avalanches spontanées sont devenues plus rares, de sorte que les déclenchements par des personnes sont passés au premier plan et que le danger a pu être progressivement rétrogradé au degré 2 (limité) dans de nombreuses régions. Plus particulièrement dans l'ouest et le nord, les couches fragiles étaient si massivement recouvertes qu'il n'y avait pratiquement plus d'endroits où la charge d'un adepte des sports d'hiver suffisait à provoquer la rupture de la couche fragile sous-jacente.
Dans les régions avec moins de neige fraîche, et en particulier dans les parties sud des Grisons, la superposition était parfaite pour le déclenchement d'avalanches par des personnes. Les couches fragiles dans le manteau neigeux étaient probablement encore un peu plus faibles que dans les autres régions. Le fait qu'il y ait ici relativement peu de neige n'a pas vraiment amélioré la situation, les avalanches pouvaient tout de même être grandes - voire parfois très grandes (photo 5). Une caractéristique typique du problème de la neige ancienne est qu'il y a peu d'endroits où l'on peut déclencher des avalanches, mais, gare à celui ou celle qui la déclenche, car les ruptures se propagent sur de grandes surfaces et les hauteurs de rupture sont considérables. La figure 6 le montre à titre d'exemple.
Avalanches de neige mouillée ¶
Le mardi 24 février, il y a encore eu un peu de pluie à l'est jusqu'à 2000 m, tandis qu'à l'ouest, la nuit couverte a été suivie d'une journée ensoleillée et chaude. C'est ainsi qu'en plus de très grandes avalanches de neige sèche (photo 2), des avalanches de neige mouillée se sont également produites (photo 7).
Par la suite, l'isotherme zéro degré est temporairement monté à plus de 3000 m (figure 1). Au cours des nuits étoilées, le manteau neigeux s'est malgré tout bien refroidi et est resté froid et sec côté nord. Sur les pentes ensoleillées, le rayonnement était cependant si fort que les pentes raides exposées au sud se sont humidifiées jusque dans les couches profondes jusqu'à 2700 m environ.
Lors de leur première humidification, les couches fragiles à gros grains perdent de leur résistance (photo 8). Dans la plupart des cas, c'est à ce moment que des avalanches de plaque de neige mouillée se déclenchent spontanément au printemps. Il est intéressant de constater qu'à partir du vendredi 27 février, seules quelques avalanches spontanées de neige mouillée ont été signalées, mais qu'en revanche, des bruits sourds ainsi que plusieurs déclenchements par des personnes ont été enregistrés (photo 9).
Les déclenchements par des personnes d'avalanches de plaque de neige humide alors que la surface de la neige présente encore une portance suffisante sont contrintuitives. Mais avec les couches fragiles prononcées, il faut s'y attendre ce printemps. Il est donc particulièrement important de terminer les randonnées tôt. La première humidification n'a pas lieu partout en même temps, mais dépend entre autres de l'altitude et de la direction de la pente. Par beau temps, cela touche surtout les pentes ensoleillées. Plus tard au printemps, ce sont les versants nord qui suivent, souvent par temps chaud et avec une forte humidité de l'air.
Avalanches de glissement ¶
Comme d'habitude, de nombreuses avalanches de glissement se sont déclenchées peu après les grandes chutes de neige. Ensuite, l'activité d'avalanche de glissement a nettement diminué malgré la température élevée de l'air. Mais moins ne signifie pas aucune (figure 10 et vidéo 1).
Accidents d'avalanche ¶
Au cours de cette période, 35 avalanches déclenchées par des personnes ont été signalées. Sept personnes au total ont été emportées et 2 ont été blessées. Malgré des avalanches souvent de grande taille, aucune victime n'a heureusement été à déplorer.
Grâce à vous ¶
Nous remercions tous les randonneurs et randonneuses qui ont pris les avertissements au sérieux, qui ont fait preuve de retenue pendant si longtemps et qui ont limité leurs randonnées à des terrains modérément raides. Sans cette retenue, le nombre actuel d'accidents serait certainement bien plus haut.