09.02.2026 | Delia Landolt | SLF News
Rapportée à sa surface, la forêt est le meilleur des paravalanches et le plus économique. D’autant plus qu’il se renouvelle naturellement. C’est l’une des conclusions de l’hiver 1951, marqué par un bon millier d’avalanches aux effets dévastateurs. Le SLF s’est alors penché sur le développement durable de forêts protectrices.
- Un paravalanche naturel : longtemps, la forêt a été surexploitée. Davantage clairsemée et moins présente en altitude, elle avait perdu sa fonction protectrice.
- Un décrochement souvent autour de la limite supérieure de la forêt : les avalanches destructrices de l’hiver 1950/51 ont emporté 2100 ha de forêt.
- Des leçons pour aujourd’hui : grâce aux reboisements bien pensés et à l’exploitation durable des arbres, la moitié des forêts suisses protège aujourd’hui d’un ou de plusieurs dangers naturels.
Avant les deux épisodes neigeux prolongés de l’hiver 1950/51 qui ont déversé plus de deux mètres de neige, habiter en dessous d’une forêt était plutôt rassurant. En janvier, les chutes de neige ont frappé le versant nord des Alpes. En février, c’était au tour du versant sud, notamment du Tessin. Souvent, les masses de neige se décrochaient autour de la limite supérieure de la forêt ou plus bas, entre 1800 et 2300 mètres d’altitude. « Les départs d’avalanches se sont produits à des endroits où, de mémoire d’homme, aucune avalanche n’avait jamais été observée », peut-on lire dans les documents rédigés lors de la conférence scientifique de quatre jours organisée par l’Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches SLF en octobre 1952, à Davos, et consacrée à l’hiver avalancheux de 1950/51 et à ses enseignements en matière de paravalanches. 98 personnes ont péri, alors que « plusieurs décès auraient pu être évités si des forêts protectrices avaient été à leur place naturelle », estime Peter Bebi, expert en forêts protectrices au SLF.
Une loi sur les forêts protectrices ¶
Jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle, les régions montagnardes prélevaient énormément de bois, utilisé pour la construction et pour le chauffage. Certaines forêts étaient surexploitées et furent même rasées, dans un contexte de pacage trop intensif qui empêchait la régénération. Conséquences : les avalanches, glissements de terrain et inondations se sont multipliés. Il a fallu attendre la loi sur les forêts de 1876 pour que le peuple suisse protège ses forêts efficacement et les reboise. L’engagement de Johan Coaz, alors inspecteur général des forêts, fut déterminant.
La limite supérieure de la forêt – hier et aujourd’hui
La limite naturelle supérieure de la forêt varie fortement dans les Alpes et se situe le long d’un gradient altitudinal d’environ 1800 m dans les Préalpes à environ 2300 m dans les Alpes centrales (autour de 2050 m d’altitude en moyenne). Au cours des dernières décennies, on a observé une élévation de la limite supérieure de la forêt, d’environ 1 m par an en moyenne. Un phénomène qui s’amplifie avec le réchauffement depuis les années 1980. Mais il existe de grandes différences selon les régions. Souvent, les limites supérieures de la forêt contrôlées par le pacage sont restées inchangées depuis 1951. En revanche, certaines limites actuelles sont bien plus élevées localement, notamment dans les régions qui pratiquent activement le reboisement ou qui ont abandonné le pacage.
La meilleure des protections en termes de surface ¶
Quand les grosses chutes de neige de 1951 ont commencé, les forêts surexploitées et clairsemées n’avaient pas encore totalement retrouvé leur vigueur. « En janvier 1951 notamment, les importantes quantités de neige souvent meubles ont abouti à des situations qui ont révélé impitoyablement la fragilité des forêts protectrices », explique Peter Bebi. La majeure partie du bon millier d’avalanches destructrices recensé a touché des surfaces boisées, balayant 2100 hectares au total. L’expert des forêts protectrices du SLF poursuit : « Les recherches effectuées à la suite de l’hiver avalancheux de 1951 ont conclu que la forêt, rapportée à sa surface, était le meilleur élément de protection contre les avalanches et le plus économique. D’autant plus qu’il se renouvelle naturellement. » Les spécialistes de la conférence scientifique de 1952 ont abouti à une conclusion similaire, en demandant à ce que la mise en place d’ouvrages paravalanches s’accompagne systématiquement de mesures de reboisement. « Ce qui n’est bien sûr judicieux qu’aux altitudes où la forêt peut pousser », précise P. Bebi.
Les enseignements du Stillberg ¶
Suite à l’hiver avalancheux de 1951, la collaboration s’est intensifiée entre le SLF et l'insititut fédéral de recherches forestières, l’actuel WSL. Ensemble, ils ont développé des techniques d’implantation de forêts protectrices bien structurées en altitude. La surface expérimentale du « Stillberg », située à la limite de la forêt dans la vallée de la Dischma, près de Davos, a fourni de précieux enseignements. Si, autrefois, on plantait généralement les arbres en rangs de façon géométrique, aujourd’hui, on a davantage tendance à former des groupes espacés les uns des autres. L’objectif est de diversifier les structures forestières, les essences et les âges. De nos jours, près de la moitié de la forêt suisse protège des villages, des routes et des lignes ferroviaires de dangers naturels tels que les avalanches ou les glissements de terrain.
L’hiver avalancheux de 1950/51 – état d’urgence en Suisse
Des précipitations largement supérieures à la moyenne en novembre, janvier et février ont conduit à la catastrophe. Rien qu’à la mi-janvier, il a neigé sans interruption pendant 88 heures. Des quantités de neige fraîche pouvant atteindre 250 cm ne se produisent qu’environ tous les cinquante à cent ans. Les faits :
• Deux tristes records en janvier et février
• Nettement plus d’un millier d’avalanches destructrices signalées
• 98 morts
• 234 personnes ensevelies
• 235 têtes de bétail tuées
• Environ 1500 bâtiments détruits
• Particulièrement touchés : Airolo (TI), Andermatt (UR) et Vals (GR)
• Dommages financiers de l’ordre de quelques millions de francs (chiffres corrigés en tenant compte de l’inflation)
• 30 000 kg de biens de première nécessité largués depuis des avions au cours de 167 heures de vol au-dessus des communes isolées
Pour plus d’informations, consultez le premier volet de la série en quatre parties du SLF consacrée à l’hiver avalancheux de 1950/51.
Série SLF : L'hiver avalancheux de 1951 ¶
- Partie 1 : comment la catastrophe s'est produite et quelles en ont été les conséquences
- Partie 2 : comment les recherches du SLF ont contribué à améliorer les ouvrages de protection après l'hiver avalancheux
- Partie 3 : Comment les chercheurs du SLF ont commencé à élaborer des cartes des dangers et ce qu'elles indiquent
- Partie 4: Quelles conclusions le SLF a tirées au cours des décennies qui ont suivi 1951 sur le thème des forêts de protection
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