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Winterbericht 2017/18

Contenuto principale

 

Météo, manteau neigeux et danger d'avalanches das les Alpes suisses. L'année hydrologique 2017/18

Prochaine mise à jour: printemps 2019

  

Résumé

Hiver 2017/18 (octobre 2017 à mai 2018)

Début précoce de l'hiver

Pendant tout le mois de novembre, il a neigé chaque week-end, et parfois intensément. Les bases étaient ainsi jetées pour un magnifique hiver du point de vue touristique. Fin novembre, il y avait déjà dans le nord un mètre de neige au-dessus de la limite de la forêt, et le mois de décembre a également apporté une météo dynamique avec de nouvelles chutes de neige, mais aussi avec des tempêtes et à diverses reprises un "fort" danger d'avalanche (degré 4).

Fortes chutes de neige et "très fort" danger d'avalanche (degré 5)

En janvier, il est tombé sur une grande partie du territoire à haute altitude de 2,5 à 5 m de neige en l’espace de 25 jours, soit une quantité de neige que certaines stations n’enregistrent qu’une fois tous les 75 ans. Outre un danger d’avalanche souvent fort (degré 4), le plus haut degré de danger (5, très fort) a dû être attribué le 9 janvier pour une petite région du Valais, puis ensuite les 22/23 janvier pour une zone étendue. Beaucoup de grandes avalanches et plusieurs très grandes avalanches se sont décrochées, le Valais étant le plus touché. À moyenne altitude, la neige humide freinait sur leur parcours vers la vallée les avalanches poudreuses qui s’étaient décrochées plus haut dans la neige sèche, de sorte qu’aucune zone habitée n’a été touchée. Mais des habitations n’ont parfois été épargnées que de justesse (cf. série de photos 1). Globalement, les mesures de protection ont fait leurs preuves, qu’elles concernent les constructions, l’aménagement du territoire ou l’organisation, de sorte que même s’il y a eu des dégâts matériels pendant cette période, on ne déplore pas de dommages corporels.

 
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Cette avalanche de neige mouillée dans le Lötschental est passée tout près des cabanes d’alpage. 24.01.2018. Photo: M. Schär, SLF
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Grande avalanche poudreuse provoquée au moyen d’explosifs pour la sécurisation de la route du col de l’Ofen. 23.01.2018. Photo: P. Caviezel
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Grandes avalanches à Goppenstein (VS). Les lignes ferroviaires et les routes fermées au moment du déclenchement n’ont pas été ensevelies, mais les galeries paravalanches ont été remplies à ras bord. 24.01.2018. Photo: M. Schär, SLF
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Le village Le Peuty (Trient, VS) a eu de la chance. Une avalanche de plaque de neige est descendue le 21 janvier dans le couloir d’avalanche d’Orvé jusqu’au fond de la vallée et s’est arrêtée à quelques mètres à peine des maisons. 26.01.2018. Photo: J.-L. Lugon
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Avalanche de glissement sur le versant sud de la Poncione di Löita del Pizzo (TI). Les constructions paravalanches à droite protègent contre les avalanches la localité d’Airolo située plus bas. 12.01.2018. Photo: E. Barelli, Service des avalanches CFF
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Le village de montagne de Laret près de Davos (1527 m, GR) englouti sous la neige. Le dimanche matin 21.01.2018, la hauteur de neige tombée en 24 heures atteignait ici 73 cm. 21.01.2018. Photo: B. Zweifel, SLF
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Vue depuis le Brienzergrat sur le lac de Brienz (BE): Typiquement pour cet hiver, à plus haute altitude, il y a beaucoup de neige, plus bas la quantité de neige est faible. 04.03.2018. Photo: F. Techel, SLF
 

Déclenchements d'avalanches de plaque de neige dans les couches fragiles proches de la surface

Après les fortes chutes de neige de janvier, la situation avalancheuse était bonne. La période de deux semaines de temps froid de début février a toutefois donné lieu à la métamorphose de la surface neigeuse en grands cristaux anguleux. Dès que ceux-ci ont été recouverts de neige fraîche, ils constituaient une couche fragile délicate dans laquelle les adeptes des sports d'hiver pouvaient pendant assez longtemps déclencher des avalanches de plaque de neige. Par la suite également, des couches fragiles ont constamment été enneigées et des avalanches étaient déclenchées par des personnes.

Avalanches de glissement

Les avalanches de glissement se produisent lorsque le manteau neigeux s'humidifie au niveau du sol et glisse sur de l'herbe lisse ou des plaques rocheuses. Elles sont typiques par enneigement précoce et hiver très neigeux. Ces deux conditions étaient remplies cet hiver, de sorte que les avalanches de glissement constituaient une menace persistante, qui malheureusement a entraîné deux accidents mortels, dont l'accident le plus grave de cet hiver.

Analyse climatologique

Après trois années maigres, l’hiver 2017/18 est un „véritable“ hiver, tout au moins en montagne. Après un début précoce de l’hiver, c’était surtout le mois de janvier qui était caractérisé par des précipitations très abondantes, mais aussi par des records de douceur. Alors qu’il pleuvait souvent à basse altitude, d’énormes quantités de neige tombaient à haute altitude. Au cours de la seconde moitié du mois de janvier, les hauteurs de neige en altitude atteignaient de nouvelles valeurs records en de nombreux endroits des Alpes suisses pour les dates correspondantes. Jusque fin mars, les quantités de neige en altitude demeuraient nettement supérieures aux valeurs moyennes, avant de diminuer rapidement pendant le mois d’avril très chaud et sec. Si l’on considère l’ensemble de l’hiver, il y avait au-dessus de 1500 m environ autant de neige qu’en 2008/09. Le dernier hiver avec davantage de neige était l’hiver 1981/82. En dessous de 1000 m en revanche, il y avait seulement la moitié de la quantité habituelle de neige. Pendant l’hiver avalancheux de 1998/99, on a atteint des hauteurs maximales de neige très importantes. Mais en raison du début peu neigeux de l’hiver, les hauteurs moyennes de neige étaient restées pendant tout l’hiver inférieures à celles de l’hiver actuel.

Accidents et avalanches ayant provoqué des dégâts

Au cours de l’hiver 2017/18, les degrés élevés de danger ont été utilisés plus fréquemment que la moyenne pluriannuelle. Avec une fréquence de 3,4 %, le degré 4 (fort) a été utilisé trois fois plus souvent que la moyenne des 10 dernières années. Le degré 5 (très fort) a été utilisé pour la première fois pour une zone étendue depuis l’hiver avalancheux de 1999.

Au cours de cet hiver jusqu’à fin juin, plus de 250 avalanches ayant provoqué des dommages corporels ou matériels ont été signalées au SLF. Au cours de l'année hydrologique 2017/18, 27 personnes sont mortes dans des avalanches, dont une en été (juin). C'est plus que la moyenne des 20 dernières années de 22 victimes. Toutes les victimes d’avalanches étaient des adeptes des sports d’hiver, qui, à une exception près, se trouvaient en terrain non sécurisé. Plus de deux tiers des personnes (19) étaient en randonnée, sept pratiquaient le hors-piste et une se trouvait sur un sentier ouvert. Lors de l’accident d’avalanche le plus grave de cet hiver, quatre personnes ont été tuées par une grande avalanche de glissement. Le SLF n’avait encore jamais enregistré un accident aussi grave lié à une avalanche de glissement. Le bilan annuel ne sera établi qu’à la fin de l’année hydrologique (le 30 septembre 2018) et d’ici là les statistiques des accidents peuvent encore évoluer.

Evolution de l’hiver

En automne 2017, les situations météorologiques avec des courants de secteur ouest et nord-ouest, puis au printemps 2018, les situations météorologiques avec des courants de secteur sud-est étaient un peu plus fréquentes que la normale (cf. figure 1). Pour le reste, la fréquence des situations météorologiques correspondait à la moyenne pluriannuelle.

 

Pendant l’hiver 2017/18, les températures moyennes des différents mois s’écartaient parfois fortement de la moyenne pluriannuelle, tant vers le bas que vers le haut. Au mois d’octobre très ensoleillé et plus chaud que la moyenne ont succédé deux mois un peu trop froids en montagne. Le mois de janvier était le plus chaud depuis le début des mesures de MétéoSuisse en 1864, et avril était le deuxième mois le plus chaud. Entre les deux, il y avait deux mois trop froids. Le mois de février, et dans le sud également le mois de mars, figuraient parmi les mêmes mois les plus froids de ces 30 dernières années. Globalement, la période de plein hiver (de décembre à février) était, selon MétéoSuisse, un peu plus fraîche en montagne et un peu plus chaude en plaine, si on la compare aux données moyenne de la période équivalente de 1981 à 2010. La figure 2 montre l’évolution de l’isotherme zéro degré au cours de l’hiver 2017/18 en comparaison avec la moyenne des 15 années précédentes.

 

Après un automne extrêmement sec dans l’ouest et dans le sud, il y a eu une succession de précipitations en novembre, de sorte qu’à partir du 6 novembre l’ensemble des Alpes suisses était couvert d’un manteau neigeux hivernal. Les mois de décembre et plus particulièrement de janvier ont apporté des précipitations abondantes sur une grande partie du territoire (cf. figure 3). À haute altitude, il était souvent tombé en l’espace de 25 jours jusqu’au 23 janvier de 2.5 à 5 m de neige, les quantités les plus importantes étant enregistrées en Valais, une région habituellement plutôt sèche. A certaines stations, de telles hauteurs de neige ne sont atteintes qu’une fois tous les 75 ans. Pendant la seconde moitié de janvier, les hauteurs de neige dans de nombreux endroits des Alpes suisses atteignaient de nouvelles valeurs records pour la date correspondante.

Par la suite, l’hiver était plutôt trop sec, à part un épisode de fortes chutes de neige fin mars. Après ces précipitations, il y avait à 2000 m de 2 à 4 m de neige dans pratiquement toutes les régions des Alpes suisses. En de nombreux endroits, les hauteurs de neige correspondaient alors à 1½ à 2 fois les hauteurs habituelles. À basse altitude en revanche, les hauteurs de neige considérées sur l’ensemble de l’hiver n’atteignaient que juste la moitié des valeurs habituelles. Pendant le mois d’avril sec et chaud, les hauteurs de neige ont diminué rapidement pour se situer à la fin du mois souvent aux alentours des moyennes pluriannuelles.

 

Au-dessus de 1500 m environ, l’hiver 2017/18 était caractérisé par des quantités de neige fraîche qui n’avaient plus été atteintes depuis longtemps (cf. figure 4). Si l’on considère l’ensemble du semestre hivernal, c’est-à-dire la période de novembre à avril, il y avait en moyenne plus ou moins autant de neige qu’en 2008/09. Le dernier hiver avec plus de neige était l’hiver 1981/82. En raison d’un début peu neigeux, l’hiver avalancheux de 1998/99 n’atteignait pas pleinement les valeurs de l’hiver actuel. En dessous de 1000 m, il y avait au cours de l’hiver 2017/18 seulement à peine la moitié de la quantité habituelle de neige.

 

Une comparaison de l’activité avalancheuse de l’hiver 2017/18 avec tous les hivers depuis début du calcul de l’indice d’activité avalancheuse en 2001/02 donne le résultat suivant (cf. figure 5):

  • En 2017/18, on a enregistré plus de deux fois plus d’avalanches que pendant un hiver moyen. L’hiver était par conséquent le plus avalancheux des 17 dernières années.
  • La journée la plus avalancheuse de l’hiver était le 4 janvier. Une activité avalancheuse encore plus importante au cours d’une seule journée n’a été enregistrée que le 9 mars 2006.
  • La période du 21 au 23 janvier était la plus grande période avalancheuse de trois jours de cet hiver et vraisemblablement aussi depuis l’hiver avalancheux de 1999.
 

Été 2018 (de juin à septembre)

Sécheresse et chaleur – l’hiver neigeux a rapidement disparu

Tout comme les mois d’avril et de mai auparavant, l’été était également beaucoup trop chaud, avec des maxima de température se situant entre les deuxième et cinquième positions, ou selon la région, aux alentours de la 8e position en septembre. Cet été était par conséquent aussi le troisième été le plus chaud depuis le début des mesures de MétéoSuisse, après les étés de 2003 et 2015.

Et comme pendant tous ces mois, il est tombé moins de précipitations que d’habitude, beaucoup de neige de l’hiver a également fondu rapidement en haute montagne. Dès le mois d’août, les montagnes étaient souvent sans neige, sauf sur les pentes exposées au nord des sommets les plus élevés.

1 victime d’avalanche, 2 bulletins d’avalanches

En juin, seules quelques rares avalanches ont encore été signalées au SLF. Mais parmi celles-ci, trois avalanches ayant touché des personnes ont été recensées, à chaque fois lors de journées avec une isotherme zéro degré à plus de 4000 m. Le 10 juin, une personne a perdu la vie dans un accident d’avalanche.

Cet été, le danger d’avalanche n’a ensuite prévalu que brièvement en haute montagne après un épisode de chutes de neige. Le 31 août et le 30 septembre, des bulletins d’avalanches liés à la situation ont été diffusés.

In alto

 

Evolution des hauteurs de neige

 

Hauteurs relatives de neige

Cette section présente l’écart en pour cent des hauteurs mensuelles moyennes de neige de l’hiver 2017/18 à l’altitude des stations par rapport à la moyenne pluriannuelle de la période de 1971 à 2000. Les hauteurs de neige inférieures à la moyenne sont indiquées en rouge et les hauteurs de neige supérieures aux valeurs moyennes sont présentées en bleu. Les données proviennent des stations d’observation du SLF et de MétéoSuisse ainsi que des stations automatiques IMIS (Système intercantonal de mesure et d’information). Seuls les modèles à grande échelle sont intéressants; il convient de ne pas donner une importance excessive aux échantillons de données à petite échelle ou aux grands écarts entre les valeurs. La section "Evolution des hauteurs de neige à une sélection de stations" décrit également l’évolution de la hauteur de neige dans le temps.

Octobre

Le mois d’octobre 2017 était plus chaud que la normale et se distinguait par l’abondance de soleil. Dans certaines régions de l’ouest et du sud, c’était le mois d’octobre le plus ensoleillé depuis le début des mesures de MétéoSuisse. Pendant le magnifique été indien à la mi-octobre, l’isotherme zéro degré se situait généralement en haute montagne, une altitude anormalement élevée pour un mois d’octobre. Des incursions marquées d’air froid ont eu lieu les 6 et 23 octobre. Il a alors également neigé surtout dans le nord et l’est, de sorte qu’à la fin du mois les conditions y étaient déjà assez hivernales au-dessus de 2500 m environ. Dans l’ouest et le sud en revanche, le mois d’octobre était extrêmement sec, et il n’y avait donc généralement pas de neige jusqu’en haute montagne (cf. photos 6 et 7).

 

Novembre

Pendant tout le mois de novembre, il a neigé chaque week-end, et parfois intensément (cf. figure 3). Les bases étaient ainsi jetées pour un excellent hiver du point de vue touristique. Les chutes de neige étaient les plus abondantes pendant la situation de barrage météorologique côté nord du 11/12 novembre, au cours de laquelle de 50 à 80 cm et localement même plus d’un mètre de neige étaient tombés sur le versant nord des Alpes et dans le nord du Bas-Valais. Plusieurs avalanches relativement grandes étaient déjà signalées sur le versant nord des Alpes, où le manteau de neige ancienne d’octobre avait subi une métamorphose constructive à grains anguleux et était continu sur les pentes exposées au nord au-dessus de 2500 m environ. Cette situation a en outre donné lieu au premier accident mortel d’avalanche de la saison.

A partir du 6 novembre, il y avait à moyenne et à haute altitude un manteau neigeux hivernal continu dans toutes les régions. A la fin du mois, ce manteau neigeux avait atteint une épaisseur d’un mètre dans le nord au-dessus de la limite de la forêt. Si l’on considère tout le mois de novembre, les hauteurs de neige étaient supérieures aux valeurs moyennes dans les montagnes du versant nord des Alpes et du nord du Valais (cf. couleur bleu dans la figure 8). Ailleurs, elles étaient souvent légèrement inférieures aux valeurs moyennes. A basse altitude, il y avait beaucoup moins de neige que normalement.

 

Décembre

Après un début du mois généralement ensoleillé, jusqu’à 70 cm de neige sont tombés le 8 décembre dans les Alpes uranaises et glaronnaises. A partir du 10 décembre, une tempête de foehn se déchaînait sur les montagnes et dans les vallées du nord, atteignant des vitesses encore jamais mesurées sur certains sommets. Ainsi par exemple, on a enregistré au Piz Martegnas (Savognin, GR) une rafale de 196 km/h.
Au cours d’une première phase du matin du 10 au matin du 11 décembre, il a neigé abondamment dans de grandes parties du Valais. Sur le versant nord des Alpes, mais non dans les vallées intra-alpines, l’air chaud et humide acheminé avait pu repousser l’air plus froid qui se trouvait en dessous. Cette situation a entrainé une grande variabilité de l’altitude de la limite des chutes de neige. Alors qu’il pleuvait jusqu’à plus de 2000 m sur le versant nord des Alpes, il neigeait jusque dans le fond des vallées en Valais. Par ailleurs, à Sion, on a mesuré le 11 décembre 60 cm de neige fraîche, soit de loin la hauteur la plus élevée de neige tombée en un jour jamais enregistrée (voir le
blog de MétéoSuisse). Cette valeur est non seulement nettement supérieure au record précédent de cette station qui était de 43 cm (mesurés le 22 novembre 1971), mais elle est en outre largement supérieure à la somme de neige tombée en 2 jours la plus élevée jusqu’à présent de 52 cm (en février 1976). Le lendemain, les chutes de neige toujours intenses se sont déplacées vers le sud-est de la Suisse.

Après une brève accalmie, il est encore tombé de 50 à 80 cm de neige avant et après la mi-décembre sur l’ouest et l’est du versant nord des Alpes. Par la suite, le temps était souvent ensoleillé et doux jusqu’à Noël. Une situation de barrage météorologique côté sud a apporté du 26 au 28 décembre près d’un demi-mètre de neige fraîche dans l’ouest et le sud, puis au cours des deux dernières journées de l’année, une quantité équivalente de neige fraîche dans l’ouest et le nord. A la fin de l’épisode, la limite des chutes de neige était montée nettement au-dessus de 2000 m.

Globalement, les hauteurs de neige de décembre étaient inférieures aux valeurs moyennes sur la crête principale des Alpes depuis le Haut-Valais jusqu’en Haute-Engadine et dans la plaine de Suisse alémanique (cf. figure 9); dans toutes les autres régions, elles étaient supérieures aux valeurs moyennes. Il y avait beaucoup plus de neige que normalement sur l’est du versant nord des Alpes et, suite aux chutes de neige des 11/12 décembre, également dans les fonds des vallées du Valais et du Tessin.

 

Janvier

La nouvelle année a commencé par des précipitations extrêmement abondantes et un temps très doux: c’était le mois de janvier le plus doux depuis le début des mesures de MétéoSuisse en 1864. De très grandes quantités de neige sont tombées en altitude:

  • Au cours des quatre premiers jours de la nouvelle année, il est tombé près d’un mètre de neige en Valais et dans le nord, l’apport de neige étant le plus important dans l’ouest.
  • Après une brève pause, il est tombé du 5 au 9 janvier de 1,5 à 2 mètres supplémentaires de neige dans les vallées supérieures de la Viège et dans la région du Simplon.
  • Les chutes de neige étaient les plus intenses du 15 au 23 janvier, lorsqu’il est tombé de 2 à 3 m de neige en une semaine sur la crête nord des Alpes, en Valais ainsi que depuis Davos jusque dans la vallée de Samnaun. De telles quantités ne sont enregistrées qu’une fois tous les 15 à 30 ans.

Globalement, jusqu’au 23 janvier, il était tombé de 2,5 à 5 m de neige à haute altitude en l’espace de 25 jours sur une grande partie du territoire, les quantités les plus importantes étant tombées en Valais, une région habituellement plutôt sèche. Certaines stations enregistraient ainsi des cumuls de neige qui ne sont atteints que tous les 75 ans.

En comparaison avec les sommes de neige fraîche en 30 jours de janvier/février 1999, cela représente de 60 à 80 % de la valeur mesurée à l’époque sur le versant nord des Alpes. Pendant la seconde moitié de janvier, les hauteurs de neige atteignaient de nouveaux records pour la date correspondante en de nombreux endroits des Alpes suisses. Les quantités de neige enregistrées étaient toutefois généralement insuffisantes pour constituer de nouveaux maxima absolus de neige, ceux-ci étant habituellement enregistrés beaucoup plus tard dans l’année à haute altitude.

Même si à partir du 23 janvier le temps était resté essentiellement sec, les hauteurs de neige à moyenne et haute altitude en janvier demeuraient globalement clairement supérieures aux valeurs moyennes, et en Valais même très nettement supérieures aux valeurs moyennes (cf. figure 10). A basse altitude en revanche, les quantités de neige étaient nettement inférieures aux données moyennes. Le temps doux et la pluie avaient fait fondre la neige et il n’y avait guère eu d’apports de neige fraîche.

 

Février

Selon MétéoSuisse, le mois de février figurait en montagne parmi les plus froids des 30 dernières années. Sur le versant sud des Alpes, en Valais et dans les Grisons, il faisait en outre très sec.

Au cours d’une période sèche relativement longue, la surface neigeuse s’est métamorphosée début février en grands cristaux anguleux. C’était sur cette couche fragile que s’était déposée la neige tombée au cours de trois épisodes de chutes de neige du 11 au 17 février. La situation était devenue délicate, car les adeptes des sports d’hiver pouvaient facilement déclencher des avalanches de plaque de neige. Vers la fin du mois, une situation météorologique persistante avec de violents courants de bise apportait de l’air continental et une vague de froid.

Tout au long du mois de février, il n’était pratiquement pas tombé de neige dans les bas-fonds. Les hauteurs de neige affichaient dès lors la même image qu’en janvier: pas de neige à basse altitude; en revanche, en altitude, des hauteurs de neige toujours supérieures aux valeurs moyennes et en Valais même nettement supérieures aux moyennes (cf. figure 11).

 

Mars

Avec un temps froid et couvert, le mois de mars ne présentait aucun signe du printemps. Plusieurs épisodes de faibles chutes de neige ont apporté un peu de neige fraîche dans le nord, y compris en plaine, et avec les violentes précipitations à la fin du mois, les sommes de neige fraîche atteignaient en altitude des valeurs légèrement supérieures aux données moyennes. Dans le sud, c’était un des mois de mars les plus froids des 30 dernières années avec 1½ à 2 fois la quantité habituelle de précipitations. Les deux plus grands épisodes de précipitations étaient les suivants:

  • Du 15 au 19 mars, il est tombé jusqu’à 80 cm de neige dans l’est du Tessin et dans le Moesano.
  • Dans la nuit du 30 au 31 mars, il a neigé très intensément dans certaines régions. Une situation de courants opposés permettait à l’air humide de secteur sud de gagner également le nord de la crête principale des Alpes. Le matin du 1er avril, l’apport de neige à haute altitude atteignait environ 1 m dans le nord du Tessin ainsi que sur le centre du versant nord des Alpes et dans les régions avoisinantes.

Sans période de temps doux et avec peu de soleil, les conditions demeuraient hivernales en montagne. Des avalanches de neige mouillée ont été observées le 31 mars, surtout en raison de la pluie.

Fin mars, il y avait à 2000 m de 2 à 4 m de neige dans l’ensemble des Alpes suisses à l’exception du centre et du sud du Tessin ainsi que dans certaines parties de l’Engadine. Par conséquent, les hauteurs de neige étaient en de nombreux endroits de 1½ à 2 fois supérieures aux valeurs habituelles. Si l’on considère l’ensemble du mois de mars, les hauteurs de neige étaient supérieures aux valeurs moyennes en altitude, mais souvent inférieures à ces valeurs à basse altitude (cf. figure 12).

 

Avril

En avril 2018, la Suisse a été gratifiée d’un ensoleillement généreux avec une chaleur de début d’été. Si l’on considère la température moyenne pour tout le pays, c’était le deuxième mois d’avril le plus chaud depuis le début des mesures de MétéoSuisse en 1864. Au Jungfraujoch, c’était le mois d’avril le plus chaud depuis le début des mesures en 1933. Le mois d’avril était en outre exceptionnellement sec, surtout en Suisse centrale et orientale.

La fonte de la neige progressait rapidement. À haute altitude, les hauteurs de neige ont diminué de plus d’un mètre en avril au nord de l’axe Rhône-Rhin, et de presqu’un mètre au sud de cet axe. Fin avril, les hauteurs de neige avoisinaient les moyennes pluriannuelles également à haute altitude. Pour l’ensemble du mois, les hauteurs de neige en altitude étaient supérieures aux valeurs moyennes dans l’ouest et le sud, mais elles n’étaient plus que moyennes dans le nord-est. A basse altitude, elles correspondaient aux valeurs moyennes dans l’ouest, et étaient inférieures à ces valeurs dans les autres régions (cf. figure 13).

 

Mai

Tout comme le mois précédent, le mois de mai était également exceptionnellement chaud et, en dépit d’une activité orageuse persistante, avec peu de précipitations dans la plupart des régions. Les hauteurs de neige ont continué à diminuer rapidement. À haute altitude, elles étaient inférieures aux données moyennes à la fin du mois sur le centre et l’est du versant nord des Alpes, dans les Grisons et dans le Tessin. Dans l’ouest, elles étaient encore légèrement supérieures aux valeurs moyennes, et dans les vallées de la Viège ainsi que dans la région du Simplon, elles étaient nettement supérieures aux valeurs moyennes. Cette situation était la conséquence des quantités extrêmes de neige tombées depuis janvier dans ces régions et des chutes de neige relativement importantes de début mai et de la mi-mai.

Ensemble de l’hiver

Après trois années maigres, l’hiver 2017/18 est un „véritable“ hiver, tout au moins en montagne (cf. figure 4). La majorité des stations de mesure d’altitude relativement élevée étaient enneigées le 6 novembre. Après ce début précoce de l’hiver, les hauteurs de neige ont nettement augmenté, surtout dans l’ouest et le nord. En janvier, les précipitations étaient très abondantes, mais la douceur du temps atteignait également des niveaux records. Alors qu’il pleuvait souvent à basse altitude, d’énormes quantités de neige tombaient à haute altitude. En altitude, les hauteurs de neige au cours de la seconde moitié de janvier atteignaient, en de nombreux endroits des Alpes suisses, de nouvelles valeurs records pour la date correspondante. Jusque fin mars, il y avait à haute altitude de 2 à 4 m de neige, soit encore 1½ à 2 fois la quantité habituelle. Ensuite, pendant les mois d’avril et de mai très chauds et secs, les hauteurs de neige ont cependant diminué fortement pour se situer partout à des valeurs normales, sauf dans les vallées de la Viège et dans la région du Simplon.

Tout au long de l’hiver (de novembre à avril), il y avait au-dessus de 1500 m environ autant de neige qu’en 2008/09. La dernière fois qu’il y avait plus de neige c’était pendant l’hiver 1981/82. En dessous de 1000 m en revanche, il n’y avait que près de la moitié de la quantité habituelle de neige. Malgré ce déficit de neige à basse altitude, il y avait sur l’ensemble de la Suisse, depuis la mi-décembre jusqu’à fin avril, un équivalent en eau de la neige clairement au-dessus de la valeur moyenne des 18 dernières années (cf. figure 14).

 

Evolution des hauteurs de neige d’une sélection de stations d’observation

Les graphiques suivants présentent l’évolution des hauteurs de neige mesurées quotidiennement et comparées aux valeurs minimales, moyennes et maximales de chaque jour. Le nombre d’hivers (n) depuis le début des mesures, y compris l’hiver de 2017, est mentionné dans le graphique. Les observateurs effectuent généralement des mesures à partir du 1er novembre jusqu’au 30 avril au moins. Les régions avec une évolution similaire des hauteurs de neige au cours de l’hiver 2017/18 sont regroupées et décrites à l’appui de stations représentatives.

Versant nord des Alpes

Sur le versant nord des Alpes, il a plu à diverses reprises jusqu’au-dessus de la limite de la forêt, y compris en plein hiver. L’évolution de la hauteur de neige est dès lors suivie à l’appui de la station comparative Hasliberg (cf. figure 15), qui, avec une altitude de 1825 m, est une des stations du versant nord des Alpes les plus élevées effectuant des mesures depuis de nombreuses années. Cette station a toutefois aussi été touchée par la pluie à diverses reprises, tout particulièrement en janvier.

 

Au moment de l’enneigement le 6 novembre, la hauteur de neige est immédiatement grimpée à des valeurs supérieures aux données moyennes. Une succession de chutes de neige a donné lieu à un accroissement du manteau neigeux jusqu’à une valeur de pointe le 17 décembre. Ce niveau n’a été dépassé que le 19 janvier, notamment parce qu’une grande partie des précipitations du 1er au 4 janvier était tombée sous forme de pluie. Le 22 janvier, il a également plu temporairement, de sorte que la hauteur de neige n’avait que peu augmenté en dépit de précipitations intenses. Par conséquent, le manteau neigeux touché par la pluie ne s’était plus que faiblement tassé par la suite. De plus, il n’y avait plus eu depuis longtemps de chutes de neige relativement importantes. Ce n’est qu’aux alentours de Pâques que des précipitations intenses ont permis d’atteindre la hauteur de neige maximale qui, avec une valeur de 3 m, correspond exactement au maximum de neige déjà enregistré auparavant une fois un 1er avril.

Peu de temps après, la fonte de la neige a commencé. Avec les températures élevées et l’absence quasi totale de nouvelles chutes de neige, la fonte est intervenue à un rythme exceptionnellement rapide, de sorte que la hauteur de neige se situait déjà au début de mai en dessous de la valeur moyenne et que la station était sans neige le 12 mai, c’est-à-dire avant la date habituelle.

Le manteau neigeux hivernal était continu pendant 187 jours. Pendant cette période, de la neige fraîche a été mesurée au cours de 89 jours. La plus grande quantité de neige fraîche, 66 cm, est tombée le 31 mars (cf. tableau 1). L’équivalent en eau maximal a dès lors également été mesuré fin mars et, avec 947 mm, il dépasse de plus d’un quart la moyenne des 48 années de mesure de cette donnée.

 

Valais

L’évolution des hauteurs de neige en Valais est suivie à l’appui de la station de mesure de haute altitude Kühboden (Fiesch, VS).

 

Tout comme à la plupart des stations de haute altitude, l’enneigement est également intervenu le 6 novembre dans le Kühboden (cf. figure 16). Au début, les hauteurs de neige étaient moyennes, mais avec les précipitations du 8 au 11 décembre, elles ont dépassé les valeurs moyennes pendant un certain temps. Dans le Bas-Valais et tout particulièrement dans sa partie la plus occidentale, les chutes de neige étaient plus abondantes au début de l’hiver et les hauteurs de neige étaient clairement supérieures aux valeurs moyennes.

Avec les chutes de neige supplémentaires du 28 décembre au 4 janvier, du 9 janvier ainsi que du 17 au 23 janvier, les hauteurs de neige ont dépassé nettement les valeurs moyennes, y compris dans le nord du Valais. Avec une valeur de 274 cm, la hauteur de neige maximale de l’hiver à la station Kühboden a été atteinte dès le 23 janvier. Par ailleurs, Kühboden était une des rares stations où l’on a même enregistré un maximum absolu – mais pour une durée de relevés de seulement 30 ans.

Par la suite, les hauteurs de neige en Valais sont constamment restées à un niveau élevé jusqu’à la mi-avril. Et pour chaque jour correspondant, on enregistrait les hauteurs de neige les plus élevées. Le 31 mars, des quantités de neige fraîche relativement importantes sont à nouveau tombées surtout dans le Haut-Valais. La fonte de la neige à partir de la mi-avril a donné lieu à une diminution continue et rapide de la hauteur de neige. A partir de la première moitié de mai, les hauteurs de neige à la station Kühboden n’étaient plus que moyennes, et le 30 mai, la neige y avait entièrement disparu.

La station Kühboden présentait un manteau neigeux hivernal continu pendant 205 jours. Au cours de cette période, on a mesuré de la neige fraîche pour 95 jours, avec à 3 reprises plus de 50 cm (cf. tableau 2). L’équivalent en eau maximal a été mesuré à la mi-avril avec 779 mm. Cette valeur dépasse de plus de la moitié le maximum d’un hiver moyen, et se situe seulement 21 mm en dessous du maximum absolu des 29 années de relevés.

 

Vallées supérieures de la Viège

Comme dans tout le Valais, l’hiver 2017/18 était également exceptionnellement neigeux dans les vallées de la Viège. Celles-ci sont traitées séparément, parce que deux situations météorologiques avec des courants de secteur sud-est y ont apporté les 8/9 janvier et début mai d’importantes précipitations supplémentaires. L’évolution des hauteurs de neige est suivie à l’appui de la station comparative Saas Fee qui effectue des relevés depuis de nombreuses années (cf. figure 17). Etant donné qu’à cette altitude les précipitations sont en partie tombées sous forme de pluie, les données de la station de mesure automatique IMIS Gornergratsee située à une altitude plus élevée sont également présentées (cf. figure 18). Cette station n’effectue toutefois des relevés que depuis 26 ans.

 

Comme dans le reste du Valais, il a également neigé le 6 novembre à Saas Fee, qui est plutôt influencé par des courants du sud, mais le manteau neigeux n’y avait néanmoins assez longtemps qu’une épaisseur de quelques centimètres. L’hiver ne s’est réellement installé qu’à la mi-décembre. A la station Gornergratsee à près de 3000 m d’altitude, les quantités de neige étaient déjà plus importantes en novembre, mais elles sont restées inférieures aux valeurs moyennes jusqu’à la fin de l’année.

A partir du 28 décembre, plusieurs épisodes de fortes chutes de neige ont entraîné une nette augmentation des hauteurs de neige jusqu’à la valeur de pointe enregistrée le 22 janvier. Avec les intenses chutes de neige du 9 janvier, deux stations avaient par ailleurs relevé les hauteurs de neige maximale à la date correspondante. Par la suite, de nouveaux records journaliers ont été mesurés le 3 mars puis à nouveau les 7/8 mars à la station de haute altitude, mais encore récente, Gornergratsee. Le 22 janvier, la hauteur de neige de 332 cm manquait de seulement 3 cm le maximum absolu de la station. A Saas Fee, qui est situé plus bas, la plus grande hauteur de neige de cet hiver a également été atteinte le 22 janvier, mais avec une valeur de 159 cm, elle se situait largement en dessous du maximum absolu de cette station qui effectue des mesures depuis de nombreuses années. Quoi qu’il en soit, ici aussi de nouveaux maxima journaliers ont également été enregistrés du 21 au 30 janvier. Par la suite, la hauteur de neige était constamment à un niveau élevé, avant d’atteindre à nouveau pour trois jours des hauteurs de neige maximales des jours correspondants grâce aux chutes de neige du 31 mars.

A partir de la mi-avril, une fonte intense s’est installée, de sorte que la neige avait entièrement disparu à la station Saas Fee dès le 4 mai. En altitude en revanche, il a à nouveau neigé début mai et fin juin, les hauteurs de neige étaient également encore clairement supérieures aux valeurs moyennes.

Un manteau neigeux hivernal continu était présent à Saas Fee pendant 179 jours. Pendant cette période, de la neige fraîche n’a été mesurée que pour 67 jours (37%), avec à 3 reprises entre 20 et 30 cm et une fois plus de 30 cm de neige fraîche (cf. tableau 3). Avec une valeur de 466 mm, soit plus du double de la valeur d’une année moyenne, la station Saas Fee atteignait fin février l’équivalent en eau le plus important jamais mesuré. Il faut toutefois signaler qu’avec une durée de 46 ans, le nombre d’années de mesure de l’équivalent en eau est légèrement inférieur au nombre d’années de la mesure de la hauteur de neige.

 

Nord et centre des Grisons, Basse-Engadine

L’évolution des hauteurs de neige à haute altitude dans le nord et le centre des Grisons ainsi qu’en Basse-Engadine peut être suivie à l’appui de la station comparative Weissfluhjoch, 2540 m (cf. figure 19) qui effectue des relevés depuis de nombreuses années.

 

Après un début de l’hiver conforme à la moyenne, plusieurs épisodes de fortes chutes de neige ont donné lieu à partir de la mi-décembre à une augmentation des hauteurs de neige jusqu’à la pointe de 313 cm le 23 janvier. Pour un total de 14 jours, à savoir le 5 janvier et du 21 au 29 janvier ainsi que du 2 au 5 février, on a enregistré les hauteurs maximales de neige des jours correspondants. Il manquait cependant 53 cm pour arriver au maximum absolu de hauteur de neige. Après une diminution de la hauteur de neige à cause du tassement, elle a stagné relativement longtemps à 2,5 à 3 m et se situait dès lors toujours clairement au-dessus de la valeur moyenne. A la mi-avril, a commencé une fonte intense de la neige. La hauteur de neige est alors tombée en dessous de la moyenne pluriannuelle dès le début de mai. En dépit de l’hiver très neigeux, la station était sans neige dès le 21 juin, c’est-à-dire nettement plus tôt que d’habitude (le 7 juillet).

Un manteau neigeux hivernal continu prévalait pendant 242 jours. Au cours de cette période, on dénombre plus de la moitié des jours (127) avec de la neige fraîche, dont 6 jours avec plus de 30 cm de neige fraîche (cf. tableau 4). L’équivalent en eau maximal de 1063 mm était légèrement supérieur à la moyenne des 82 années de mesure avec 847 mm, mais il était loin du maximum absolu de 1447 mm enregistré pendant l’hiver 1944/45.

 

Centre du versant sud des Alpes

L’évolution des hauteurs de neige sur le versant sud des Alpes est décrite à l’appui de la station de mesure manuelle Robiei, 1890 m (cf. figure 20).

 

Dans le sud, le début de l’hiver était peu neigeux, avant qu’à la mi-décembre des hauteurs moyennes de neige soient atteintes. Les chutes de neige de janvier étaient abondantes, surtout dans le nord-ouest du Tessin. On y a parfois enregistré des hauteurs maximales de neige pour certains jours. Ce qui était également le cas à Robiei du 22 au 25 janvier ainsi que les 27/28 janvier. Ces hauteurs de neige étaient toutefois largement en dessous des valeurs maximales jamais mesurées, comme à Robiei par exemple, où elles ne dépassaient que faiblement la moitié des maxima correspondants. Par la suite, les hauteurs de neige jusqu’à la mi-avril sont restées longtemps supérieures aux valeurs moyennes dans le nord-ouest du Tessin, et similaires ou légèrement supérieures aux valeurs moyennes dans les autres régions. A partir de la mi-avril, une fonte intense de la neige a commencé également dans le sud. Le 28 mai, la station était sans neige avant la date habituelle.

Un manteau neigeux hivernal continu prévalait pendant 203 jours. Au cours de cette période, on ne dénombre que 89 jours avec de la neige fraîche (44%), dont 8 jours avec entre 30 et 50 cm et 3 jours avec plus de 50 cm de neige (cf. tableau 5). L’équivalent en eau maximal a été mesuré à la mi-avril. Avec 1212 mm, il dépassait de près de la moitié la moyenne des 44 années de mesure, mais était de loin inférieur au maximum absolu de 2141 mm enregistré au cours de l’hiver 1985/86.

 

Haute-Engadine et est du versant sud des Alpes

En Haute-Engadine et sur l’est du versant sud des Alpes, l’hiver 2017/18 n’était pas vraiment aussi neigeux que dans les autres régions. L’évolution des hauteurs de neige est décrite à l’appui de la station de mesure manuelle de Maloja, 1810 m (cf. figure 21).

 

Tout comme la plupart des stations de haute altitude, la station Maloja a également été enneigée le 6 novembre. Jusqu’au 10 décembre, les quantités de neige sont toutefois restées faibles. Les 11/12 janvier, on a enregistré avec 21 et 56 cm les plus fortes chutes de neige de l’hiver et, depuis lors, des hauteurs de neige supérieures aux valeurs moyennes. Aux autres stations de la région considérée, ces précipitations n’étaient pas aussi abondantes et les hauteurs de neige étaient par conséquent proches des valeurs moyennes pluriannuelles. Il y a eu ensuite divers épisodes de chutes de neige jusqu’au 2 février, et puis à nouveau du 8 mars jusqu’au 14 avril. Ce n’est qu’après ces dates que le manteau neigeux a rapidement diminué. Le 10 mai, la station était sans neige.

Un manteau neigeux hivernal continu prévalait pendant 181 jours. Au cours de cette période, on ne dénombre que 76 jours (42 %) avec de la neige fraîche (cf. tableau 6). L’équivalent en eau maximal a été atteint à la mi-avril. Avec 604 mm, il était de près de la moitié supérieur à la moyenne des 65 années de relevés, mais il se situait clairement en dessous du maximum absolu de 762 mm enregistré pendant l’hiver 1959/60.

In alto

 

Constitution du manteau neigeux

 

La neige tombée à la fin de l’automne a subi une métamorphose constructive à grains anguleux. Elle a été recouverte de neige fraîche en novembre et décembre et constituait au début une base réellement fragile du manteau neigeux (cf. figures 22 et 23). Des avalanches se sont décrochées spontanément, et des personnes pouvaient également déclencher facilement des avalanches. C’était à cause de ce fondement fragile du manteau neigeux que, dès décembre, les adeptes des sports d’hiver ont à diverses reprises dû être mis en garde contre un fort danger d’avalanche (degré 4).

Déjà dans le courant de décembre, puis surtout avec les importantes chutes de neige de janvier, le pied fragile du profil de neige a été de plus en plus recouvert de neige et n’était dès lors plus susceptible de se décrocher en raison de la surcharge due à la présence de personnes. Avec l’augmentation de la hauteur de neige, le manteau neigeux n’a cessé de se consolider. Par la suite, la constitution de l’épais manteau de neige ancienne était réellement bonne. En février et en mars, de minces couches fragiles ont toutefois été enneigées en de nombreux endroits. En dépit de la bonne constitution du manteau neigeux, des avalanches ont donc pu se décrocher pendant une période relativement longue dans la neige ancienne proche de la surface. La neige était la moins abondante en Engadine et dans les vallées du sud des Grisons. Le manteau neigeux y était plus mou et des avalanches pouvaient également être déclenchées dans la neige ancienne profonde.

A basse et moyenne altitude, la douceur du temps et la pluie ont à diverses reprises donné lieu, déjà en plein hiver, à un début d’humidification du manteau neigeux. C’était plus particulièrement le cas sur le versant nord des Alpes. Par la suite, le manteau neigeux était stable sur une grande partie du territoire. À haute altitude, l’humidification du manteau neigeux n’est intervenue qu’en avril, mais avec la chaleur importante et le temps ensoleillé, elle a alors progressé très rapidement. Dans la plupart des régions, la base du manteau neigeux était assez stable, de sorte que les avalanches de neige mouillée ne concernaient souvent que la partie supérieure du manteau neigeux.

 

Fondement fragile du manteau neigeux au début de l'hiver

Dans le nord, et plus particulièrement dans le nord-est, il y avait au-dessus de 2500 m environ, dès le mois d’octobre, un manteau neigeux continu, qui a subi par la suite une métamorphose constructive à grains anguleux et est devenu fragile. Dans le sud, en revanche, la première neige est tombée le 5 novembre sur un sol souvent sans neige jusqu’en haute montagne.

Le 10 novembre, il y avait du givre à la surface de la neige sur une grande partie du territoire. Du 11 au 14 novembre, suffisamment de neige accompagnée d’un vent parfois tempétueux est tombée sur ce givre pour former une plaque de neige. Un problème délicat lié à la neige ancienne se présentait ainsi, surtout dans le nord (cf. figure 23), et on observait déjà plusieurs avalanches étendues.

 

Il y a eu ensuite constamment des chutes de neige parfois accompagnées d’un vent fort, surtout dans le nord. Le manteau neigeux était marqué par l’action du vent. Dans le nord, le fondement fragile du manteau neigeux était de plus en plus recouvert de neige fraîche. La constitution du manteau neigeux s’améliorait dès lors régulièrement et des ruptures dans la neige ancienne profonde devenaient de plus en plus rares. Avec le temps, le danger résidait surtout dans les nouvelles couches de neige fraîche et de neige soufflée.

Dans les régions intra-alpines et dans le sud en revanche, le manteau neigeux n’avait, pendant longtemps, qu’une mince épaisseur et subissait une métamorphose constructive. Ces conditions donnaient lieu à un fondement fragile pour les grandes quantités de neige fraîche et de neige soufflée des 11/12 décembre. Par conséquent, de nombreuses avalanches se sont déclenchées spontanément dans ces régions ou y étaient provoquées au moyen d’explosifs (cf. figure 24).

Dans la nuit du 14 au 15 décembre, il a neigé abondamment dans l’ouest et le nord. Pendant la journée, un temps magnifique a permis de provoquer de très nombreuses avalanches au moyen d’explosifs. La couche fragile n’avait toutefois qu’une courte durée de vie et le manteau neigeux s’est rapidement stabilisé par la suite. Dans l’ouest et dans le nord, l’épaisseur du manteau neigeux était supérieure aux valeurs moyennes, mais sa constitution était bonne.

 
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Figure 24/1: Premier profil de neige du 13.12.2017, relevé au Hockenhorn (Kippel, VS), dans lequel le fondement fragile du manteau neigeux est déjà recouvert d’une grande épaisseur de neige. Lors du test du bloc glissant, des sauts répétés étaient nécessaires pour provoquer une rupture.
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Figure 24/2: Deuxième profil de neige du 13.12.2017, relevé à côté d’une avalanche déclenchée à distance au Jakobshorn (Davos, GR). La neige ancienne fragile était recouverte d’environ 40 cm de neige fraîche relativement dure. Des avalanches pouvaient être déclenchées facilement ou se décrochaient spontanément.
 

Début de l’année: Beaucoup de neige et une base généralement stable du manteau neigeux, humidification à moyenne altitude

Le 30 décembre a commencé une phase qui a duré jusqu’au 23 janvier et au cours de laquelle de grandes quantités de précipitations sont tombées, en plusieurs épisodes en Valais, sur le versant nord des Alpes et dans de grandes parties des Grisons.

Dans la nuit de la Saint-Sylvestre, la limite des chutes de neige est montée à 2000 à 2300 m dans le nord. La surface neigeuse a été mouillée tout au moins en surface jusqu’à cette altitude (cf. figure 26), ce qui a eu une influence positive relativement longue sur sa stabilité. Dans le sud du Haut-Valais, une région jusqu’alors avec plutôt peu de neige, la neige fraîche et la neige soufflée formaient une plaque sur la couche fragile proche du sol, ce qui a entraîné la quatrième période avalancheuse (cf. photo 25 et figure 37).

 

Du 1er au 4 janvier, des quantités exceptionnelles de neige sont tombées au-dessus de 2200 m environ. De nombreuses grandes avalanches se sont décrochées tout particulièrement en Valais, dans le centre des Grisons et en Basse-Engadine (cf. période avalancheuse n° 5 et les figures 27 et 37). Ces avalanches se sont souvent décrochées dans la neige ancienne proche du sol. Les pentes exposées au sud étaient également fortement touchées, vraisemblablement à cause d’une succession défavorable de couches fragiles à grains anguleux et de croûtes. Sur le versant nord des Alpes, où le manteau de neige ancienne était bien consolidé, il n’y a eu que peu de grandes avalanches de neige sèche.

En dessous de 2000 m environ, la neige alternait avec la pluie. En surface, le manteau neigeux a été entièrement mouillé à diverses reprises. Des avalanches de neige mouillée et des avalanches de glissement ont été observées.

Peu de temps après, du 6 au 9 janvier, a suivi une nouvelle période de chutes de neige de quatre jours, qui a apporté de grandes quantités de neige dans les vallées de la Viège et dans le sud de la région du Simplon. Dans les principales régions touchées par les précipitations, il y a eu beaucoup de grandes et également de très grandes avalanches, souvent aussi dans la neige ancienne. Entretemps, les quantités de neige étaient devenues si importantes que plusieurs avalanches ont provoqué des dégâts matériels (cf. la période avalancheuse n° 6 et figure 37).

 
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Figure 27/1: Un profil de neige du 11 janvier prélevé dans le nord du Bas-Valais où la neige était abondante. Il montre une constitution stable du manteau neigeux après les différents épisodes de fortes chutes de neige, selon lequel des avalanches de neige sèche ne semblaient plus possibles qu’à partir des couches superficielles.
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Figure 27/2: Un profil du 12 janvier relevé en Haute-Engadine. Ici aussi, la partie centrale du manteau neigeux est entretemps devenue assez stable. La base fragile qui, lors des dernières chutes de neige, avait encore donné lieu à des avalanches très étendues, est cependant encore présente en dessous.
 
 

Après ces précipitations, la constitution du manteau neigeux dans le nord était bonne. Il n’y avait pratiquement pas de couches molles composées de grains anguleux, typiques pour les couches fragiles. En Valais, il y avait toutefois de telles couches fragiles potentielles, mais elles avaient entretemps été recouvertes d’une grande épaisseur de neige et ne pouvaient plus se décrocher que difficilement. Dans le sud et dans de grandes parties des Grisons, la constitution du manteau neigeux était un peu moins bonne. Les couches fragiles potentielles y étaient plus fréquentes et, de plus, moins recouvertes de neige (cf. figures 27 et 28).

Par la suite, un temps généralement ensoleillé a prévalu jusqu’au 15 janvier. Du givre de surface parfois important se formait sur une grande partie du territoire (cf. figure 29) et, sur les pentes à l’ombre, les couches superficielles étaient soumises à une métamorphose constructive à grains anguleux et étaient meubles. Ces deux éléments constituaient une couche fragile potentielle pour les chutes de neige à venir.

 

Du 15 au 23 janvier, des quantités extrêmes de neige fraîche ont entraîné une situation avalancheuse exceptionnelle. Les couches fragiles profondes du début de l’hiver n’étaient plus que très localement susceptibles de se décrocher, à la différence de la période avalancheuse de début janvier. Cette fois, la surface neigeuse du 15 janvier constituait, tout au moins au début de la période de précipitations, une véritable couche fragile. On peut supposer que les avalanches du début de cette période de précipitations s’étaient généralement décrochées à ce niveau. Même si les avalanches du 21 au 23 janvier se décrochaient parfois sur une grande étendue, elles n’étaient pas toujours suffisamment profondes pour que l’on puisse considérer que la surface neigeuse du 15 janvier soit intervenue comme couche fragile. Ces avalanches se décrochaient du reste souvent dans des couches fragiles à courte durée de vie à l’intérieur de la neige fraîche et de la neige soufflée. Une description détaillée de cette période est reprise dans la section 3 intitulée „Période avalancheuse du 21 au 23 janvier“.

Après la fin des chutes de neige, le manteau neigeux s’est stabilisé très rapidement, et l’on n’a pratiquement plus trouvé de couches fragiles marquées lors des analyses du manteau neigeux dans les énormes couches de neige fraîche et de neige soufflée. Ensuite, une phase avec des conditions avalancheuses généralement bonnes a suivi. Par basses températures et pendant les nuits souvent claires, la surface neigeuse subissait toutefois une métamorphose constructive et devenait meuble (cf. photo 30).

 

A partir de la mi-février, des couches fragiles proches de la surface

Le 12 février, ces couches ont été enneigées et, par la suite, elles constituaient une couche fragile à longue durée de vie, dans laquelle les adeptes des sports d’hiver pouvaient facilement déclencher des avalanches. Plus tard au cours de l’hiver, des surfaces de neige ancienne ayant subi une métamorphose constructive ou du givre de surface ont également été enneigés à diverses reprises donnant lieu souvent à une situation problématique avec de la neige ancienne proche de la surface (cf. figure 31). En revanche, les couches centrales et profondes du manteau neigeux étaient bien consolidées et stables dans la plupart des régions. Ce n’était que dans le sud et dans certaines parties des Grisons, et plus particulièrement depuis le val Calanca jusqu’en Haute-Engadine, que le manteau neigeux était plus mince et également un peu plus fragile dans ses parties centrale et inférieure (cf. figure 32). Ces conditions n’ont cependant pas eu de conséquences au début.

 

Après une phase relativement longue et largement sèche, il a souvent neigé dans le sud des Grisons et en Haute-Engadine à partir du 8 mars (cf. figures 20 et 21). D’épaisses couches du manteau de neige ancienne, parfois même tout le manteau de neige ancienne, y avaient subi une métamorphose constructive à grains anguleux et étaient meubles (cf. figure 32). Les avalanches entraînaient donc aussi des couches plus profondes du manteau neigeux et atteignaient parfois une ampleur relativement grande (cf. photo 33).

 

Grâce à la bonne constitution du manteau neigeux dans le nord, plutôt peu de grandes avalanches de neige mouillée

Avant les importantes chutes de neige du 31 mars, le manteau neigeux était entièrement mouillé sur les pentes exposées au sud en dessous de 2300 m environ et sur les pentes exposées au nord en dessous de 1800 m environ. A plus haute altitude, il y avait des couches fragiles de neige sèche généralement seulement dans la neige fraîche et la neige soufflée, mais en Valais et dans les Grisons parfois aussi dans la partie supérieure du manteau de neige ancienne. Le réchauffement du temps qui a suivi a donné lieu, du 5 au 8 avril, à la première période de grandes avalanches de neige mouillée.

Au cours d’une nouvelle période de chaleur du 17 au 20 avril, l’isotherme zéro degré est montée jusqu’à 3500 m. Cette situation a entraîné le premier début d’humidification touchant également les pentes de haute altitude avec comme conséquence une nouvelle période d’avalanches de neige mouillée. Des couches fragiles situées en profondeur dans le manteau neigeux ont alors été activées, surtout en Engadine et dans le centre des Grisons, donnant lieu à des avalanches, certes pas particulièrement nombreuses, mais parfois de grande ampleur.

Après l’humidification de la neige sur la plupart des pentes, le manteau neigeux s’est stabilisé. Quelques avalanches de glissement ont cependant encore été signalées. Lors des précipitations plutôt rares, des avalanches ont à chaque fois brièvement pu être déclenchées, surtout en haute montagne. Elles n’impliquaient généralement que les couches superficielles. Sur la Crête principale des Alpes du Haut-Valais, il est à nouveau tombé fin avril et début mai des quantités relativement grandes de neige. Celles-ci ont entraîné temporairement une nouvelle situation avalancheuse délicate avec parfois des avalanches étendues de neige sèche.

Aperçu de la constitution du manteau neigeux dans trois grandes régions

Les profils de neige simulés pour les stations de mesure automatiques (plans horizontaux) à l’aide du logiciel SNOWPACK de modélisation du manteau neigeux montrent la présence éventuelle de couches fragiles potentielles dans le manteau neigeux. A cet effet, les Alpes suisses ont été divisées en trois grandes zones du nord vers le sud: régions du nord, régions intra-alpines, régions du sud. Pour chacune de ces grandes zones, on a déterminé la part des profils contenant de telles couches fragiles potentielles (cf. figure 34).

  • Début décembre, il y avait des couches fragiles proches de la surface dans les régions intra-alpines et dans le sud (cf. figure 34, en haut). Dans le nord, les couches fragiles du début de l’hiver étaient déjà enneigées, mais elles étaient tout aussi présentes dans le manteau neigeux dans les autres régions (cf. figure 34, en bas).
  • Les couches fragiles ont fortement diminué au cours de la seconde moitié de décembre, surtout dans le nord. Aux alentours de la période de Noël, des couches superficielles fragiles relativement petites se sont formées dans toutes les régions. Elles ont par la suite été recouvertes de neige et se retrouvaient temporairement dans pratiquement tous les profils.
  • A la mi-janvier, les profils de toutes les régions ne présentaient plus que quelques couches fragiles. De nouvelles couches fragiles qui ont été enneigées par la suite se formaient toutefois à la surface. Ces couches fragiles ne persistaient pas très longtemps et avaient déjà disparu de la plupart des profils de neige au bout d’une semaine.
  • Les couches fragiles qui s’étaient formées au cours de différentes phases entre fin janvier et fin mars avaient une durée de vie nettement plus longue. Elles avaient été enneigées et expliquaient la présence permanente de couches fragiles dans pratiquement tous les profils. Sous ces couches fragiles, le manteau de neige ancienne était épais et, peut-être à l’exception de la Haute-Engadine, largement stable.
  • Avec le mois d’avril chaud et sec, les couches fragiles ont rapidement diminué, et aucune nouvelle couche fragile n’est venue s’y ajouter. Par conséquent, le danger d’avalanche de neige sèche se situait pour la première fois cet hiver pendant une durée relativement longue au degré 1 (faible) sur une grande partie du territoire.
 

Aperçu de l’humidification du manteau neigeux sur les plans horizontaux

Le degré d’humidification a été déterminé à partir de la teneur en eau de la neige simulée à l’aide du logiciel SNOWPACK de modélisation du manteau neigeux (toujours l’après-midi). La représentation de la teneur en eau est divisée en quatre classes: sec, partiellement humide, humide ou pas de neige. Le manteau neigeux est considéré comme humidifié, lorsque la simulation contient en moyenne un volume d’eau équivalent ou supérieur à 3 %.
La figure 35 montre la teneur en eau du manteau neigeux sur les plans horizontaux tout au long de la période de décembre 2017 à avril 2018. A l’altitude des stations IMIS, c’est-à-dire au-dessus de la limite de la forêt, le manteau neigeux était généralement sec en décembre. Après une légère humidification au début de janvier, la neige restait partiellement humidifiée aux stations de basse altitude. L’humidification n’a commencé qu’en avril et progressait à un rythme inhabituellement rapide à la mi-avril. Fin avril, le manteau neigeux était humide à quelques stations IMIS et mouillé à toutes les autres stations.

In alto

 

Activité avalancheuse

 

Aperçu général

L’hiver 2017/18 était avalancheux. C’est ce que montre l’indice d’activité avalancheuse. Il s’agit d’une valeur sans dimension qui permet de comparer l’activité avalancheuse de différents hivers ainsi que de diverses périodes avalancheuses d’un même hiver. Pour calculer cet indice, toutes les avalanches signalées au SLF sont pondérées et additionnées en fonction de leur taille et du type de déclenchement. Etant donné que, plus particulièrement dans les régions éloignées ou par mauvaise visibilité, on est loin de pouvoir répertorier toutes les avalanches, cette valeur doit être comprise comme un indice et ne correspond pas au nombre réel d’avalanches. Pour le calcul de l’indice d’activité avalancheuse, on dispose de données depuis l’hiver 2001/02.

La comparaison des indices d’activité avalancheuse depuis l’hiver 2001/02 montre que l’hiver 2017/18 était exceptionnellement avalancheux (cf. figure 36):

  • Globalement, l’hiver 2017/18 a connu la plus grande activité avalancheuse depuis 2001/02, et sans doute aussi depuis l’hiver avalancheux de 1998/99 (graphique de gauche dans la figure 36). L’indice est environ deux fois plus élevé que la normale et se situe en dehors de la zone escomptée (à l’extérieur des lignes verticales noires).
  • Pour un seul jour, ce n’est que le 9 mars 2006 que l’on a calculé un indice d’activité avalancheuse plus élevé (graphique central dans la figure 36). Ici aussi, l’hiver 2017/18 se situe à un niveau environ deux fois plus élevé que la normale et en dehors de la zone escomptée.
  • La période avalancheuse de trois jours la plus active depuis le début du calcul de l’activité avalancheuse au cours de l’hiver 2001/02 a été enregistrée du 21 au 23 janvier. Elle était sans doute aussi la plus grande depuis février 1999. L’indice d’activité avalancheuse était pratiquement deux fois plus élevé qu’au cours d’une année moyenne, mais encore exactement au niveau supérieur de la zone escomptée.
 

Au cours de l’hiver 2017/18 (cf. figure 37), tant le 4 janvier que les 22/23 janvier sortent du lot avec de très nombreuses avalanches de neige sèche (en bleu), de neige humide (en orange) et de neige mouillée (en rouge). Les périodes avalancheuses les plus importantes sont numérotées dans la figure et décrites ci-après. Une section particulière est consacrée à la période avalancheuse des 22/23 janvier (période n° 7).

 

Périodes avalancheuses remarquables

(1)      11/12 décembre: Tempête et neige fraîche. Importante activité avalancheuse dans certaines régions à cause de la neige ancienne fragile

Du 8 au 12 décembre, des vents tempétueux ont acheminé à diverses reprises de l’air humide sur les Alpes; ils étaient suivis par plusieurs épisodes de fortes chutes de neige. Les 8/9 décembre, il a neigé surtout dans le nord et l’ouest, les chutes de neige étant accompagnées d’un vent de secteur nord-ouest. Par la suite, un foehn soufflant en tempête sévissait dans le nord. Alors qu’en Valais il tombait une très abondante neige fraîche jusque dans les fonds des vallées, il pleuvait jusqu’à plus de 2000 m sur le versant nord des Alpes. Le cœur des précipitations s’est ensuite déplacé les 11/12 décembre dans le Tessin et le sud des Grisons, ces précipitations accompagnées de vents soufflant parfois avec la force d’un ouragan se déplaçant loin vers le nord. Globalement, les quantités suivantes de neige sont tombées du 8 au 12 décembre au-dessus de 2200 m environ (cf. figure 38):

  • Crête nord des Alpes à l’est de la Reuss, Alpes vaudoises et fribourgeoises, Bas-Valais, depuis les Alpes d’Obwald jusque dans les Alpes glaronnaises ainsi que région de la Bernina: de 80 à 120 cm.
  • Autres régions: souvent de 60 à 80 cm; dans le sud du Haut-Valais, dans le centre des Grisons et en Basse-Engadine, de 30 à 60 cm.
 

Avant cet épisode, il n’y avait encore que peu de neige dans le sud du Valais, dans le centre des Grisons, en Engadine et sur le versant sud des Alpes. Cette neige avait subi une métamorphose constructive, tout au moins dans les zones abritées du vent, et constituait dès lors une base défavorable pour la neige fraîche et la neige soufflée qui s’y déposaient. Au cours de cette phase, un fort danger d’avalanche (degré 4) était annoncé à trois reprises au total:

  • Le 9 décembre pour une région allant depuis les Alpes uranaises jusque dans les Alpes glaronnaises
  • Le 11 décembre pour le nord et l’ouest du Valais
  • Le 12 décembre pour une région allant de l’est du Tessin jusqu’en Haute-Engadine en passant par le sud et le centre des Grisons et pour les vallées du sud des Grisons.

De nombreuses avalanches se sont déclenchées spontanément, surtout dans les régions avec une constitution fragile du manteau neigeux (cf. figures 39 et 40). Dans la nuit du 11 au 12 décembre, de nombreuses voies de communication ont été fermées dans le sud-est. Pendant la journée, de multiples avalanches ont également été provoquées au moyen d’explosifs dans ces régions grâce à la bonne visibilité. On a par ailleurs observé des déclenchements en chaîne de beaucoup d’avalanches sur des distances relativement longues dans les régions périphériques touchées par les précipitations (régions en vert bleu dans la figure 38).

 

(2)      15 décembre: Importante activité avalancheuse en Valais en raison de quantités modérées de neige fraîche

Dans la nuit du 14 au 15 décembre, il a neigé intensément dans l’ouest et sur l’est du versant nord des Alpes, la limite des chutes de neige étant descendue depuis 1500 m jusqu’à basse altitude. Un vent de secteur ouest temporairement fort accompagnait les chutes de neige. Globalement, il était tombé de 50 à 80 cm de neige du 13 au 15 décembre dans le nord du Valais ainsi que dans le centre et l’est des Préalpes; ailleurs, l’apport de neige était plus faible (cf. figure 41).

Dans les principales régions touchées par les précipitations, le degré de danger 4 (fort) était annoncé pour le 15 décembre. En dépit de quantités de neige fraîche pas trop importantes, le 15 décembre était à l’échelle de toute la Suisse le quatrième jour le plus avalancheux de l’hiver (cf. figures 37 et 42). La bonne visibilité qui prévalait pendant la journée peut également avoir joué un rôle dans ce résultat. Elle permettait en effet une bonne observation des avalanches et a en outre été mise à profit par les services de sécurisation pour déclencher artificiellement des avalanches. Un nombre étonnamment élevé d’avalanches moyennes et grandes ont par ailleurs été déclenchées, surtout en Valais.

Les avalanches se décrochaient parfois sur une grande superficie, mais souvent relativement près de la surface (cf. photo 43). Ce sont alors surtout les liaisons entre les couches de neige relativement récentes qui interviennent comme couches fragiles. Etant donné que la partie supérieure du manteau neigeux ne renfermait guère de cristaux de neige anguleux, il fallait tabler sur des couches fragiles à courte durée de vie.

 

(3)      Avalanches de glissement, également à basse altitude pendant la seconde moitié de décembre

Cette section ne décrit pas une brève période avalancheuse, mais le danger d’avalanche de glissement qui a persisté longtemps. Ce type d’avalanche se produit lorsque le manteau neigeux devient humide au niveau du passage au sol et glisse sur de l’herbe lisse ou des plaques rocheuses. Ces avalanches sont typiques en cas d’enneigement précoce et au cours d’hivers très enneigés. Pendant l’hiver 2017/18, ces deux conditions étaient réunies, de sorte que les avalanches de glissement constituaient une menace permanente, qui a malheureusement aussi donné lieu à deux accidents mortels, dont l’accident le plus grave de l’hiver.

Après que beaucoup de neige est tombée à la mi-décembre dans certaines régions aussi à basse altitude, de nombreuses avalanches de glissement se sont également produites à ce niveau (cf. photo 44). Les autorités, surtout de Suisse orientale, ont parfois été mises à l’épreuve parce qu’il n’y a pas de services des avalanches dans leurs régions du fait qu’elles ne sont normalement pas très exposées aux avalanches.

 

(4)      30/31 décembre: Grandes avalanches, surtout en Valais à cause de la neige fraîche et d’une forte montée de la limite des chutes de neige

Après qu’il est tombé localement jusqu’à 50 cm neige au cours des deux jours précédents, il y a eu une pause dans les précipitations le 29 décembre. Celle-ci a été mise à profit pour des actions de sécurisation, mais les opérations de minage n’ont été que partiellement couronnées de succès. Le vent tempétueux a donné lieu à la formation d’accumulations dures de neige soufflée qui souvent ne pouvaient plus guère se décrocher.

Le 30 décembre, il est tombé en Valais de 40 à 70 cm de neige et sur le reste de la crête nord des Alpes de 30 à 50 cm, les chutes de neige étant accompagnées d’un vent fort à tempétueux de secteur ouest. La limite des chutes de neige était montée de basse altitude jusqu’à 2300 m dans l’ouest et 2000 m dans l’est. En raison des intenses chutes de neige et de la forte montée de la limite des chutes de neige, le degré de danger 4 (fort) était annoncé pour le Valais et de grandes parties de l’ouest et du centre du versant nord des Alpes. Outre les avalanches spontanées partant de haute altitude et descendant localement jusque dans les vallées (cf. photo 45), beaucoup d’avalanches de neige mouillée et avalanches de glissement se sont déclenchées en dessous de 2200 m environ. Dans certaines régions, les voies de communication exposées étaient menacées. Dans les régions avec un manteau fragile de neige ancienne, à savoir le sud du Valais, le Haut-Valais, le centre des Grisons, l’Engadine et le versant sud des Alpes, on a également signalé des déclenchements d’avalanches dans des couches fragiles du manteau neigeux proches du sol. En Valais, elles atteignaient souvent une grande ampleur.

Dans la nuit du 30 au 31 décembre, les précipitations ont cessé et, pendant la journée, le temps est devenu ensoleillé en montagne. L’activité d‘avalanches spontanées diminuait nettement. Pour les adeptes des sports de neige, la situation demeurait critique.

 

(5)      4 janvier: La journée avalancheuse la plus active de l’hiver

Du 1er au 4 janvier, il a neigé plus ou moins sans discontinuer et à la fin abondamment et intensément. La limite des chutes de neige oscillait à deux reprises en l’espace de 48 h entre de basses altitudes et environ 2000 m. Les chutes de neige étaient accompagnées d’un vent généralement fort de secteur ouest. Le 3 janvier, la dépression cyclonale „Burglind“ a donné lieu en montagne à des vitesses de pointe du vent entre 140 et 180 km/h. Au-dessus de 2200 m environ, on enregistrait globalement les quantités suivantes de neige fraîche (cf. figure 46):

  • Valais, crête nord des Alpes depuis le Chablais jusque dans les Alpes glaronnaises, région du Gothard: souvent de 80 à 120 cm; en Valais, localement jusqu’à 150 cm
  • Autres régions: souvent de 50 à 80 cm, dans le centre du Tessin et depuis l’Avers jusque dans le val Poschiavo en passant par le val Bregaglia, de 30 à 50 cm; dans l’extrême sud, quelques centimètres
 

Au-dessus de 2200 m environ, où les précipitations sont tombées intégralement sous forme de neige, les quantités de neige fraîche étaient exceptionnellement importantes. C’est ainsi que, le matin du 4 janvier à la station Oberer Stelligletscher, on a relevé 83 cm et à la station Triftchumme 81 cm de neige fraîche. Cela correspond respectivement aux rangs 1 et 4 pour les 18 années de mesure de ces stations.

Le 4 janvier, les hauteurs de neige étaient supérieures aux valeurs moyennes sur une grande partie du territoire. Dans de grandes parties de l’ouest et de l’est du versant nord des Alpes ainsi qu’en Valais, sur le centre de la crête principale des Alpes ainsi que dans le nord et le centre des Grisons et en Basse-Engadine, il y avait le double de la hauteur normale de neige pour un début de janvier. Neuf stations IMIS et trois stations d’observation du SLF avec chacune plus de 20 années de mesures enregistraient de nouveaux records de hauteur de neige pour ce jour de l’année.

A partir du 2 janvier, la situation avalancheuse s’est constamment aggravée dans l’ouest et le nord. Avec beaucoup de neige fraîche et un vent soufflant en tempête, d’importantes accumulations de neige soufflée se sont formées. A partir du matin du 3 janvier, le degré de danger 4 (fort) prévalait dans certaines régions de l’ouest, et les deux jours suivants sur une grande partie du territoire. Une telle étendue pour le degré de danger 4 n’est en moyenne utilisée qu’une seule fois par hiver.

Plusieurs sections de routes ou voies ferrées ont par conséquent été fermées à cause du danger d’avalanche. Tout particulièrement en Valais, dans le centre des Grisons et en Basse-Engadine, beaucoup de grandes avalanches se sont produites (cf. figure 47 et photo 48). C’était dans ces régions que la combinaison de la surcharge de la neige fraîche ou de la pluie et d’un manteau de neige ancienne parfois encore plutôt fragile était la plus défavorable. Sur le versant nord des Alpes, le manteau de neige ancienne était déjà si bien consolidé que le nombre de grandes avalanches était nettement moins élevé. On y a observé des avalanches de neige mouillée et des avalanches de glissement, surtout en dessous de 2000 m environ. Si l’on considère uniquement les signalements d’avalanches par les observateurs (sans cartographie au moyen d’images satellite), le 4 janvier était la journée avalancheuse la plus active de l’hiver et la deuxième journée avalancheuse la plus active depuis le début du calcul de l’indice d’activité avalancheuse au cours de l’hiver 2001/02. En dépit de cette grande activité avalancheuse, des dégâts matériels n’ont été enregistrés que localement.

La situation était plus favorable uniquement dans l’extrême sud, où le temps était resté pratiquement sec et où le danger principal résidait dans les nouvelles accumulations de neige soufflée formées sous l’action du vent parfois fort.

 

(6)      9 janvier: Degré de danger maximal (5, très fort) dans les vallées de la Viège et dans la région du Simplon

Dès le 6 janvier, de nouvelles précipitations ont touché le sud. Le soir du 7 janvier, l’apport de neige atteignait quelque 50 cm dans la région du Simplon et dans le val Bedretto. La limite des chutes de neige se situait alors entre 1500 et 1800 m.

Le 8 janvier et dans la nuit du 8 au 9 janvier, les précipitations se sont ensuite étendues au Valais et elles sont devenues nettement plus intenses. Elles atteignaient temporairement 10 cm de neige fraîche par heure, une quantité rarement observée. Au cours des précipitations, la limite des chutes de neige était descendue depuis 1500 à 1800 m à environ 1300 à 1600 m.

Pendant ces quatre journées, jusqu’à 2 m de neige étaient tombés dans le sud des vallées de la Viége et dans le sud de la région du Simplon, les principales régions touchées par les précipitations (cf. figure 49). Etant donné que l’épisode précédent de fortes chutes de neige en Valais ne remontait qu’à quelques jours, le danger d’avalanche augmentait sensiblement. Dans les vallées de la Viège et dans le sud de la région du Simplon, le degré de danger 5 (très fort) était dès lors annoncé pour le 9 janvier. Ce degré de danger maximal avait été utilisé pour la dernière fois en 2008. Le nord n’enregistrait pratiquement pas d’apport de neige, de sorte que le danger d’avalanche y diminuait.

 

À haute altitude, les sommes de neige fraîche de 3, 5 et 7 jours étaient certes très élevées, tant du 1er au 5 janvier que du 6 au 9 janvier, mais elles ne constituaient pas de nouveaux records. La situation était différente pour les sommes de neige fraîche de 12 jours. Après qu’il avait neigé pratiquement chaque jour depuis le 30 décembre, ces valeurs atteignaient de 3,5 à 5 m dans les principales régions touchées par les précipitations. Dans les stations de la vallée de Zermatt, elles occupaient dès lors clairement le rang 1 (cf. tableau 7). Dans la région du Simplon en revanche, les deux stations Wenghorn (SPN3) et Bortelsee (BOR2) avaient déjà connu des valeurs plus élevées de quelque 20-30 %. Dans la vallée de la Saas, située entre la vallée de Zermatt et la région du Simplon, les sommes de neige fraîche étaient comparativement petites. Les stations y étaient influencées par le vent, et toute mesure sur le champ de mesure Egginer (4EG) au-dessus de Saas Fee n'était pas possible au cours de ces journées.

Une comparaison avec les valeurs maximales de sommes de neige fraîche de 12 jours sur le versant nord des Alpes donne des résultats similaires. C’est ainsi qu’en février 1999, on avait relevé à la station Gadmen (GAD2) dans la région du Susten 509 cm et à la station comparative Elm (3EL) une somme de neige fraîche de 12 jours de 452 cm.

 

Dans les vallées de la Viège, la plus grande activité avalancheuse prévalait depuis l’après-midi du 8 janvier jusque dans la nuit du 8 au 9 janvier (cf. figure 50). De nombreuses grandes avalanches et parfois aussi de très grandes avalanches s’étaient décrochées surtout sur les pentes exposées à l’est et au nord, mais plus rarement sur les pentes exposées à l’ouest. A la différence de la situation de 1999, ces avalanches n’atteignaient pas, à cause de la neige mouillée, les fonds des vallées sous forme d’avalanches poudreuses. Les distances d’arrêt étaient cependant parfois grandes provoquant dans certains cas des dégâts matériels (cf. photo 51).

 

(7)      Du 21 au 23 janvier: Très fort danger d’avalanche (degré 5) en raison de chutes de neige exceptionnelles

Du 21 au 23 janvier, les Alpes suisses ont connu la plus grande période avalancheuse de trois jours depuis l’hiver avalancheux de 1999. Il neigeait déjà sans discontinuer depuis le 15 janvier et, à la fin, très intensément. Des records de hauteur de neige ont alors parfois été atteints en altitude. Un vent de secteur ouest fort à tempétueux et persistant et une montée de la limite des chutes de neige à 2000 m ont entraîné une situation avalancheuse exceptionnelle avec un très fort danger d’avalanche (degré 5). De nombreuses grandes avalanches, et dans certaines régions également de très grandes avalanches se sont décrochées spontanément. En de nombreux endroits, elles ont provoqué des dégâts matériels. Les habitants des vallées alpines et les touristes ont été épargnés. La protection contre les avalanches avait fait ses preuves.

Cette période avalancheuse la plus active de l’hiver est décrite dans la section 3 „Période avalancheuse du 21 au 23 janvier“. A la demande de l’OFEV, le SLF procède en outre à une analyse des événements avalancheux. Celle-ci paraîtra au printemps 2019.

(8)      31 mars: Chutes de neige intenses en Suisse centrale, beaucoup d’avalanches de neige sèche et de neige mouillée

Dans la nuit du 29 au 30 mars, il y a eu dans le sud des précipitations qui se sont intensifiées pendant la nuit du 30 au 31 mars et se sont également étendues au nord, lors d’une situation météorologique avec des courants opposés. Pendant la phase la plus intense, de 50 à 80 cm de neige sont tombés en l’espace de 12 heures dans les régions centrales du versant nord des Alpes depuis le lac de Brienz jusque dans la vallée de la Muota. Le vent de secteur sud était fort dans le sud et en altitude. Le 1er avril, il est ensuite tombé des précipitations accompagnées d’un vent modéré à fort de secteur nord-ouest, surtout sur une grande partie du nord et de l’ouest. Globalement, le matin du 1er avril, la hauteur de neige fraîche atteignait de 80 à 120 cm depuis les vallées du Hasli jusque dans les Alpes schwyzoises, dans les Alpes uranaises et dans la région du Gothard (cf. figure 52). Les quantités de neige fraîche diminuaient nettement à mesure que l’on se dirigeait vers l’ouest et vers l’est. La limite des chutes de neige était descendue depuis 1800 m jusqu’à basse altitude.

 

Le manteau neigeux était mouillé en dessous de 2300 m environ sur les pentes exposées au sud et en dessous de 1800 m environ sur les pentes exposées au nord. Au-dessus de ces altitudes, la neige fraîche et la neige soufflée renfermaient des couches fragiles de neige sèche, surtout en Valais et dans les Grisons, mais parfois aussi dans la partie supérieure du manteau de neige ancienne.

Cette situation complexe au moment du passage de l’hiver au printemps, combinée avec beaucoup de vent et de fortes précipitations, a donné lieu à de multiples avalanches de neige mouillée et de neige sèche. Celles-ci atteignaient souvent une ampleur moyenne, mais parfois aussi une grande ampleur. Dans les régions moins enneigées plutôt vers le sud, les avalanches s’étaient parfois étendues jusque dans les couches proches du sol (cf. photo 53). Dans les principales régions touchées par les précipitations, les avalanches entraînaient souvent sur leur trajectoire beaucoup de neige mouillée et descendaient parfois jusque dans les vallées.

 

(9)      Du 5 au 8 avril: Période marquée d’avalanches de neige mouillée et d’avalanches de glissement

Jusqu’au matin du 5 avril, il est tombé de 20 à 40 cm de neige dans l’extrême ouest et de 15 à 30 cm dans le sud. Après une nuit couverte, une météo typique d’avril avec des passages ensoleillés et des nuages convectifs prévalait pendant la journée. Même si, avec environ 0 °C à 2000 m, il ne faisait pas particulièrement doux, l’ensoleillement et l’air humide ont donné lieu à une importante activité d’avalanches de neige mouillée et d’avalanches de glissement.

Du 6 au 8 avril, l’isotherme zéro degré se situait aux alentours de 3000 m dans le nord (cf. figure 54), et les 7/8 avril des températures maximales diurnes allant jusqu’à 12 degrés étaient mesurées à 2000 m dans les régions de foehn. Après une activité avalancheuse un peu moins importante le 6 avril, celle-ci a à nouveau atteint des valeurs élevées les 7/8 avril. En raison des grandes quantités de neige, les avalanches atteignaient parfois une grande ampleur (cf. photo 55), mais elles n’avaient provoqué que peu de dégâts.


 

(10)      Du 17 au 20 avril: En cours de journée, avalanches de neige mouillée pas très nombreuses mais parfois de grande ampleur

Après une nuit du 16 au 17 avril partiellement nuageuse, le temps est devenu anticyclonique avec des journées ensoleillées et des nuits claires. Il faisait chaud comme au début de l’été avec une isotherme zéro degré jusqu’à 3500 m. Le matin, les conditions avalancheuses étaient assez bonnes. Et en cours de journée, le danger d’avalanches de neige mouillée et d’avalanches de glissement augmentait à chaque fois sensiblement. Sous l’effet de sa première humidification, le manteau neigeux devenait plus fragile sur les pentes exposées au nord dans une bande d’altitude entre environ 2200 et 2600 m. C'est surtout en Engadine et dans le centre des Grisons qu'on a observé quelques grandes avalanches de plaque de neige  (cf. photo 56). Sur les pentes aux expositions est, sud et ouest, l’humidification était déjà avancée jusqu’à des altitudes relativement élevées. Des avalanches de neige mouillée se décrochaient jusqu’à 3000 m d’altitude, purgeant parfois sur de grandes superficies les pentes exposées au sud. Plusieurs avalanches ont provoqué des dégâts matériels aux voies de communication.

En dépit de la persistance du temps chaud, le nombre d’avalanches diminuait de jour en jour. Mais en raison du manteau neigeux souvent épais, ces avalanches atteignaient localement une ampleur impressionnante.

 
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Photo 56/1: Très grande avalanche de neige mouillée, qui s’est décrochée sur une pente exposée au nord-ouest à environ 2600 m ...
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Photo 56/2: ... et est descendue jusque dans l’Inn en passant par le val Verda (Zernez, GR) (photos: F. Guler, 17.04.2018).
  

Bulletins d’avalanches et degrés de danger

 

Bulletins d’avalanches

Pendant l’année hydrologique 2017/18, 200 bulletins d’avalanches ont été diffusés (parution en soirée), la diffusion étant quotidienne du 10.11.2017 au 07.05.2018 (cf. tableau 8). Les 177 bulletins diffusés du 11.11.2017 au 06.05.2018 contenaient une carte du danger d’avalanche; tous les autres bulletins ont été rédigés en format texte. Pendant la partie principale de la saison, un bulletin matinal a en outre été diffusé à 08h00 depuis le 9 décembre jusqu’au 15 avril, également avec une carte du danger d’avalanche.

 

Degrés de danger (Alpes)

Dès la mi-novembre, un degré de danger 3 (marqué) prévalait pendant 5 jours sur une grande partie des Alpes suisses. La situation s’est ensuite détendue. A partir du 8 décembre, différents épisodes de chutes de neige ont à nouveau entraîné une augmentation du danger d’avalanche (cf. figure 57). Jusqu’au 25 janvier, il se situait souvent et sur une grande partie du territoire au degré 3 (marqué). Comme au début le manteau neigeux était encore fragile, le degré 4 (fort) a été atteint à diverses reprises à partir du 9 décembre. Cela ne concernait généralement que des régions relativement petites et surtout les adeptes des sports d’hiver en zone non sécurisée. Les 4/5 janvier, le degré de danger 4 a ensuite été utilisé à grande échelle pour la première fois cet hiver, les voies de communication étant alors souvent menacées. Cela concernait principalement l’ensemble du versant nord des Alpes sans les Préalpes, le Valais et de grandes parties des Grisons.

Alors que par la suite la situation se détendait quelque peu dans le nord, le sud du Haut-Valais a de nouveau reçu un important apport de neige, de sorte que le degré de danger maximal 5 (très fort) a dû être utilisé le 9 janvier pour les vallées de la Viège et la région du Simplon.

Après une accalmie seulement de courte de durée, d’intenses chutes de neige ont suivi avec à nouveau un danger d’avalanche fort (degré 4) à partir du 16 janvier et même un très fort danger d’avalanche (degré 5) sur de grandes zones à la fin de la période, le 22 janvier. Après la fin des chutes de neige pendant la nuit, le danger d’avalanche a pu être revu à la baisse dès la matinée du 23 janvier. Il a ensuite rapidement diminué et n’était plus qu’au degré de danger 3 (marqué) dès le soir du 23 janvier. La situation avalancheuse est ensuite devenue de plus en plus favorable.

A partir du 12 février, des couches fragiles à longue durée de vie ont été enneigées à diverses reprises. Même si comparativement l’apport de neige était faible et que les couches plus profondes du manteau neigeux étaient largement stables, cela a donné lieu à un danger d’avalanche parfois limité, mais souvent aussi marqué (degrés 2 et 3).

En raison du temps froid prévalant en mars, l’humidification du manteau neigeux n’a commencé que tardivement. C’est la raison pour laquelle ce n’est que le 4 avril qu’a été utilisée une double carte pour annoncer une augmentation du danger d’avalanche en cours de journée. Ce n’est qu’à la mi-avril qu’a suivi la première période relativement longue de l’hiver avec un faible danger (degré 1) d’avalanche de neige sèche sur une superficie étendue.

Globalement, le degré de danger 5 (très fort) a été annoncé pour 2½ jours. Le degré 4 (fort) a été utilisé pour 22 jours. Pour un seul de ces jours, le 18 avril, on a utilisé dans la double carte le degré 4 de danger d’avalanche de neige mouillée en cours de journée. A posteriori, l’activité avalancheuse de ce jour s’est toutefois révélée plus faible que prévu, de sorte que le degré 3 (marqué) aurait suffi.

 

Au cours de l’hiver 2017/18, les degrés élevés de danger pour les Alpes étaient plus fréquents que la moyenne pluriannuelle (cf. figures 58 et 59). Avec une fréquence de 3,8 %, le degré 4 (fort) a été utilisé trois fois et demi plus souvent que la moyenne des 10 dernières années (1,1 %). Le degré 5 (très fort) a été utilisé pour 1,5 jour sur une grande superficie. Il n’avait plus été utilisé depuis 2008, et à l’époque cela ne concernait qu’une petite région. Le degré 5 a été utilisé la dernière fois pour une grande superficie pendant l’hiver avalancheux de 1999, mais à l’époque pendant une période relativement longue. En revanche, les situations favorables avec un degré de danger 1 (faible) étaient avec 12 % nettement plus rares que la moyenne pluriannuelle (21 %). 

 

Evaluation du danger dans le Jura

Jusqu’à l’hiver 2016/17, un bulletin d’avalanches était diffusé pour le Jura, lorsque le danger d’avalanche y atteignait au moins le degré de danger marqué d’avalanche (degré 3). Depuis l’hiver 2017/18, une évaluation est fournie pour le Jura dans chaque bulletin à condition que l’enneigement y soit suffisant. Cette région bénéficie dès lors du même traitement que les Alpes suisses et le Liechtenstein. Pour cette extension du bulletin d’avalanches, les trois grandes régions utilisées précédemment par le SLF ont été réparties dans 18 régions du Jura concernées par les prévisions de MétéoSuisse et de l’OFEV. Dans le bulletin d’avalanches, on évalue normalement uniquement les 12 régions qui comprennent des relevés à une altitude d’au moins 1000 m.

En raison des altitudes inférieures dans le Jura, le degré de danger 1 (faible) a été annoncé dans les deux tiers des cas, alors que dans les Alpes, la fréquence était d’un cas sur huit. Les degrés de danger élevés (4, "fort" et 5, "très fort") n’ont pas été utilisés dans le Jura. Etant donné que compte tenu de la configuration du terrain, de grandes avalanches ne peuvent guère s’y produire, il ne faut généralement pas s’attendre à l’utilisation des degrés de danger 4 et 5 dans le Jura. A cause de ces différences, l’interprétation des degrés de danger utilisés se fait séparément pour les Alpes (cf. figures 57 à 59) et pour le Jura (cf. figures 60 et 61). Pendant l’hiver 2017/18, on ne dénombre pour le Jura que 10 jours avec une différenciation du degré de danger en fonction des régions.

 

Utilisation du degré de danger 4

Les degrés de danger d’avalanche ont été normalisés au niveau européen, la définition peu détaillée des différents degrés de danger offrant une grande marge d’interprétation. Par ailleurs, le danger d’avalanche réel ne peut généralement pas être mesuré avec précision. L’utilisation du degré de danger par les services de prévision d’avalanches renferme dès lors toujours aussi un élément subjectif, malgré le recours à une échelle uniforme.

Dans le but d’une utilisation la plus uniforme possible des degrés de danger, tant à long terme que par les différents services de prévisions d’avalanches, leur utilisation a fait l’objet d’une analyse statistique. Pour la Suisse, cette analyse donne les résultats suivants:

  • Depuis 2007 jusqu’à 2017, le degré de danger 4 (fort) a été annoncé pour 1,1 % des jours et régions concernées par les prévisions (cf. figure 58). Cela ne correspond plus qu’à la moitié de la valeur des 10 années précédentes de 2,2 %.
  • Le SLF utilise le degré de danger 4 nettement plus rarement que les pays alpins avoisinants, à savoir la France, l’Italie et l’Autriche.

Etant donné que ces différences ne peuvent pas s’expliquer sur le plan nivo-climatologique, elles se fondent sur une interprétation différente des degrés de danger. Dans le contexte de l’harmonisation visée, le service de prévision d’avalanches du SLF s’efforce dès lors depuis 2017/18 d’utiliser un peu plus souvent le degré de danger 4 (fort) qu’au cours des années précédentes. Par conséquent, le champ d’application actuellement très étendu du degré 3 (marqué) devrait être quelque peu réduit. Parallèlement, les autres pays ont pour objectif d’utiliser le degré 4 un peu moins fréquemment.

Au terme de sa première année d’application, il n’est pas encore possible d’évaluer le niveau de réussite de cette harmonisation. Pendant l’hiver 2017/18, le degré 4 a certes été utilisé beaucoup plus souvent qu’auparavant en Suisse avec une fréquence de 3,8 %, mais cette évolution était de toute façon prévisible en raison des divers épisodes de fortes chutes de neige de cet hiver.

Situations avalancheuses typiques

L’utilisation des 5 situations avalancheuses typiques dans le bulletin d’avalanches est représentée dans le tableau 9 et dans la figure 62. Lors de situations avalancheuses (le plus souvent) favorables, il n’est parfois pas possible d’attribuer clairement le danger aux situations avalancheuses typiques. Dans ces cas jusqu’à l’hiver 2016/17, on remplaçait la situation avalancheux typique par l’indication „situation favorable“. Sur recommandation de l’EAWS, on renonce à partir de l’hiver 2017/18 à la mention „situation favorable“, et situation avalancheuses typique n’est pas mentionné. Pendant l’hiver 2017/18, c’était surtout souvent le cas dans le Jura.

Neige fraîche

Avec une fréquence de 27 %, le problème lié à la neige fraîche a été mentionné le moins souvent dans les Alpes suisses, y compris le Liechtenstein et, dans les régions intra-alpines du Valais et des Grisons avec peu de précipitations, encore un peu plus rarement que dans les autres régions. Le problème lié de la neige fraîche a été mentionné nettement plus rarement dans les Préalpes, car certains jours les précipitations y sont tombées sous forme de pluie.

Dans le Jura, la situation spécifique à la neige fraîche n’a pratiquement jamais été utilisée (0,7 %). Comme les chutes de neige étaient généralement accompagnées d’un vent fort à tempétueux, le problème lié à la neige soufflée y prédominait généralement, y compris en cas de neige fraîche.

Neige soufflée

Avec 82 % dans les Alpes et 42 % dans le Jura, le problème lié à la neige soufflée a été mentionné le plus souvent. Etant donné qu’avec une telle fréquence, ce problème n'est pas très spécifique, le service de prévision d’avalanches s’efforcera, selon les possibilités, de l’utiliser un peu moins souvent à l’avenir.

Bien que les vents ont souvent été violents dans le Jura, la mise en garde contre la neige soufflée y était deux fois moins fréquente que dans les Alpes. Il n‘y avait souvent pas assez de neige pouvant être transportée par le vent après que le manteau neigeux avait été mouillé par la pluie ou la chaleur.

Neige ancienne

Un problème lié à la neige ancienne était annoncé pour la moitié des jours dans les Alpes, mais uniquement pour 2 % des jours dans le Jura. En décembre, il était surtout dû aux couches fragiles proches du sol, et à partir de février surtout aux couches fragiles dans la partie supérieure du manteau neigeux. Comme d’habitude, il a été mentionné le plus souvent dans les régions intra-alpines. Cela concernait un peu moins le Valais où les hauteurs de neige étaient nettement supérieures aux valeurs moyennes que les Grisons. Cette année, le problème lié à la neige ancienne a prévalu plus longtemps que d’habitude dans le sud. Sur le versant nord des Alpes et dans le Jura en revanche, des vents parfois tempétueux et des incursions répétées de chaleur avaient davantage stabilisé le manteau neigeux.

Avalanches de neige mouillée

Avec une fréquence de 35 % dans les Alpes et 27 % dans le Jura, les avalanches de neige mouillée constituaient le deuxième problème avalancheux le plus souvent mentionné. La répartition géographique était assez équilibrée, même si les Alpes au nord de l’axe Rhône-Rhin avaient tendance à être un peu plus touchées que les autres régions.

Avalanches de glissement

Les avalanches de glissement sont typiques en cas d’enneigement précoce et pendant les hivers neigeux. Ces deux conditions étaient précisément réunies cet hiver, de sorte que les avalanches de glissement constituaient une menace persistante, surtout au nord de l’axe Rhône-Rhin, dans la partie la plus occidentale du Bas-Valais et dans le Prättigau. Cela s’est traduit par une fréquence de mention de 59 % dans les Alpes et 23 % dans le Jura. Dans la plupart des cas, les avalanches de glissement n’étaient pas citées comme danger principal, mais comme „danger supplémentaire“.

In alto

 

Été 2018 (de juin à septembre)

Aspect climatologique

Tous les mois de l’été étaient trop secs et beaucoup trop chauds, avec des maxima de température entre la deuxième et la cinquième position, ou aux alentours de la huitième position en septembre. Cet été était par conséquent aussi le troisième été le plus chaud depuis le début des mesures de MétéoSuisse, après les étés de 2003 et 2015. De plus, chaque mois était par ailleurs trop sec. L’abondante neige de l’hiver a rapidement fondu, y compris en haute montagne; seuls subsistaient les grands dépôts d’avalanches (cf. photo 63). Dès le mois d’août, la neige avait largement disparu en montagne, sauf sur les pentes exposées au nord des plus hauts sommets.

 

Evolution des températures et périodes de danger accru d’avalanche

Cet été, les incursions d’air froid accompagnées de précipitations importantes étaient rares (cf. figure 64). Les principales périodes caractérisées par un danger d’avalanche accru sont énumérées ci-après.

 

1) Trois accidents d’avalanche aux cours de journées avec une isotherme zéro degré au-dessus de 4000 m

En juin, le temps était souvent ensoleillé et chaud. Le danger d’avalanche résidait surtout encore dans la neige mouillée, mais seules quelques rares avalanches ont été signalées au SLF. Malheureusement, trois d’entre elles ont donné lieu à des dommages corporels, à chaque fois lors de journées avec une isotherme zéro degré à plus de 4000 m. Le 10 juin, une de ces avalanches a coûté la vie à une personne sur la paroi nord-est de la Lenzspitze.

La présence fréquente d’un marais barométrique donne constamment lieu à des orages, localement parfois violents. Après deux journées plutôt couvertes et parfois pluvieuses, un front froid a traversé les Alpes dans la nuit du 12 au 13 juin. Du 11 au 13 juin, il est tombé au total jusqu’à 60 mm de pluie, ou 60 cm de neige au-dessus de 3500 m. Même si les critères de diffusion d’un bulletin d’avalanches lié à la situation en été n’étaient pas satisfaits, il fallait tenir compte du danger d’avalanche sur les sommets les plus hauts.

2)   Du 31 août au 1er septembre: Dans certaines régions de haute montagne, beaucoup de neige fraîche et une situation avalancheuse critique.

Les mois de juillet et d’août étaient globalement ensoleillés et très chauds. L’isotherme zéro degré se situait constamment au-dessus de 3000 m, et parfois même à environ 5000 m. Aux alentours du 5 juillet ainsi que les 15 et 20 juillet, il est tombé quelque 30 cm de neige dans certaines régions. Mais cela ne concernait que les altitudes supérieures à 3500 m environ. Ce n’était que les 24/25 août qu’un front froid avait fait descendre la limite des chutes de neige à 2000 m. Il n’a toutefois donné lieu qu’à peu de précipitations de l’ordre de 10 à 20 mm.

Du 31 août au 1er septembre, il est tombé de 40 à 60 mm de pluie sur une grande partie de l’est ainsi que les mêmes quantités de centimètres de neige en haute montagne. L’apport de neige était le plus abondant dans le voisinage des sommets de la région de la Bernina avec environ 80 cm. Le premier bulletin d’avalanches de l’été faisait état de conditions avalancheuses critiques en haute montagne. En dessous de 3000 m environ, il n’y avait guère de danger d’avalanche. Même si la limite des chutes de neige était descendue brièvement à 2200 m dans le nord-est, il n’était tombé que peu de neige à cette altitude.

3)   Les 23/24 septembre: Une dépression cyclonale apporte de la neige jusqu’à la limite de la forêt

Au début et à la mi-septembre, des quantités plus importantes de précipitations sont tombées dans certaines régions. Mais comme elles étaient tombées en grande partie sous forme de pluie, y compris sur les sommets les plus hauts, elles ont à peine influencé le danger d’avalanche. Ce n’était qu’au cours de la nuit du 23 au 24 septembre, qu’un front froid marqué a donné lieu à un refroidissement du temps accompagné de précipitations. En raison d’un vent fort et localement tempétueux de secteur ouest à nord-ouest, la limite des chutes de neige était descendue depuis environ 3400 m jusque dans le voisinage de la limite de la forêt. L’apport de neige – de 25 à 45 cm – était le plus abondant depuis les Alpes obwaldiennes jusqu’aux Alpes saint-galloises en passant par le nord des Alpes uranaises. Les quantités les plus élevées de neige fraîche n’étaient atteintes que sur les sommets les plus élevés de haute montagne. Il fallait dès lors y tabler sur une situation avalancheuse délicate.

Par la suite, le temps était généralement ensoleillé jusqu’à la fin du mois, et il faisait à nouveau chaud, y compris dans le nord-est.

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Période avalancheuse du 21 au 23 janvier

 

Du 21 au 23 janvier, les Alpes suisses ont connu la plus grande période avalancheuse de trois jours depuis l’hiver avalancheux de 1999. Il avait neigé sans arrêt depuis le 15 janvier et de manière intense à la fin de l’épisode. Des hauteurs de neige records pour la saison ont souvent été atteintes en altitude. Un vent de secteur ouest fort à tempétueux et persistant ainsi qu’une montée de la limite des chutes de neige à 2000 m ont donné lieu à un très fort danger d’avalanche (degré 5) sur une grande partie du territoire. De nombreuses grandes avalanches et, dans certaines régions, de très grandes avalanches se sont déclenchées spontanément. Elles ont provoqué beaucoup de dégâts matériels, mais les habitants des vallées alpines et les touristes ont été épargnés.

 

Météo

Température

La température et donc aussi la limite des chutes de neige variaient souvent et fortement pendant l’épisode de précipitations (cf. figure 65). La limite des chutes de neige est restée assez longtemps aux alentours de 1500 m. Le 17, les 19/20 et à nouveau brièvement le 21 janvier, elle est descendue jusqu’à basse altitude. Vers la fin de l’épisode, l’après-midi du 22 janvier, elle est montée jusqu’à 1800 à 2000 m, et localement même encore plus haut.

Globalement, l’année 2018 a enregistré le mois de janvier le plus chaud depuis le début des mesures de MétéoSuisse en 1864. Le très grand excédent de chaleur à basse altitude a joué un rôle déterminant à cet égard. Dès le début de janvier, il a plu jusqu’à 2000 m dans le nord, puis vers la fin de la période de précipitations dans toutes les régions. En conséquence, il n’y avait que peu de neige en dessous de 1300 m environ. Au moment de la plus grande activité avalancheuse les 22/23 janvier, la neige était humide en dessous de 2000 m environ.

 

Précipitations et vent

Depuis le soir du 15 janvier jusqu’au matin du 23 janvier, des précipitations persistantes se sont abattues accompagnées d’un vent sans cesse fort à tempétueux de secteur ouest à nord-ouest (cf. figures 66 à 69, 71). Ce n’est que le 20 janvier qu’il y a eu une phase relativement longue de temps sec.

Du 15 au 19 janvier

Dans la nuit du 15 au 16 janvier, il est tombé quelque 10 cm de neige en Valais, dans la région du Gothard ainsi que sur le centre et l’est du versant nord des Alpes. Au cours des quatre jours suivants, il est encore tombé quotidiennement quelque 20 à 40 cm de neige, surtout sur la crête nord des Alpes et en Valais, les quantités de neige fraîche variant localement, parce que les précipitations étaient tombées temporairement sous forme d’averses (cf. figure 66). Dans le sud et en Engadine, les quantités de neige fraîche étaient nettement plus faibles. La limite des chutes de neige oscillait entre les bas-fonds et 1600 m (cf. figure 65).

Pendant la première partie de cette période de précipitations, depuis le soir du 15 janvier jusqu’au matin du 20 janvier, les quantités globales suivantes de neige sont tombées au-dessus de 1800 m (cf. figure 67):

  • Nord du Valais, Alpes vaudoises, Haut-Valais, est du versant nord des Alpes: de 100 à 130 cm, localement jusqu’à 160 cm
  • Reste du versant nord des Alpes, sud du Bas-Valais, nord-ouest du Tessin, nord des Grisons, nord de la Basse-Engadine: de 60 à 100 cm
  • Reste du nord du Tessin, centre des Grisons, reste de la Basse-Engadine: de 30 à 60 cm
  • Autres régions: moins de 30 cm

Ces chutes de neige étaient accompagnées de vents forts à tempétueux de secteur ouest. En raison d’un vent soufflant toujours dans la même direction, d’importantes accumulations de neige soufflée se sont formées, surtout sur les pentes exposées à l’est. Le 19 janvier, le vent a diminué quelque peu en soirée et était souvent faible à modéré de secteur nord-ouest.

 
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Figure 66/1: Quantités de neige tombées en 1 jour au-dessus de 1800 m, mesurées le 16 janvier à 08h00 sur les champs de mesure manuelle et calculées aux stations automatiques IMIS (en haut). En dessous la vitesse du vent au milieu de cette période de précipitations (15 janvier à 20h00) enregistrée par les stations IMIS de mesure du vent et les stations de MétéoSuisse.
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Figure 66/2: Quantités de neige tombées en 1 jour au-dessus de 1800 m, mesurées le 17 janvier à 08h00 sur les champs de mesure manuelle et calculées aux stations automatiques IMIS (en haut). En dessous la vitesse du vent au milieu de cette période de précipitations (16 janvier à 20h00) enregistrée par les stations IMIS de mesure du vent et les stations de MétéoSuisse.
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Figure 66/3: Quantités de neige tombées en 1 jour au-dessus de 1800 m, mesurées le 18 janvier à 08h00 sur les champs de mesure manuelle et calculées aux stations automatiques IMIS (en haut). En dessous la vitesse du vent au milieu de cette période de précipitations (17 janvier à 20h00) enregistrée par les stations IMIS de mesure du vent et les stations de MétéoSuisse.
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Figure 66/4: Quantités de neige tombées en 1 jour au-dessus de 1800 m, mesurées le 19 janvier à 08h00 sur les champs de mesure manuelle et calculées aux stations automatiques IMIS (en haut). En dessous la vitesse du vent au milieu de cette période de précipitations (18 janvier à 20h00) enregistrée par les stations IMIS de mesure du vent et les stations de MétéoSuisse.
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Figure 66/5: Quantités de neige tombées en 1 jour au-dessus de 1800 m, mesurées le 20 janvier à 08h00 sur les champs de mesure manuelle et calculées aux stations automatiques IMIS (en haut). En dessous la vitesse du vent au milieu de cette période de précipitations (19 janvier à 20h00) enregistrée par les stations IMIS de mesure du vent et les stations de MétéoSuisse.
 
 

Du 21 au 23 janvier

Le 20 janvier, le centre du versant sud des Alpes sans la région du Gothard, certaines parties du centre des Grisons, l’Engadine et les vallées avoisinantes du sud ont bénéficié de quelques heures d’ensoleillement. Dans les autres régions, le temps était également temporairement sec, mais couvert. Dans la nuit du 20 au 21 janvier, il y a eu à nouveau des précipitations intenses qui ont apporté en l’espace de 24 heures quelque 80 cm de neige dans certaines régions du Valais et du nord (cf. figure 68). Le 22 janvier, la limite des chutes de neige avait nettement augmenté, montant à environ 2000 m dans l’ouest et le nord. Elle a ensuite à nouveau baissé légèrement (cf. figure 65). Dans la nuit du 22 au 23 janvier, les précipitations ont cessé, et au-dessus de 2000 m, la journée du 23 janvier était assez ensoleillée.

Ces chutes de neige étaient également accompagnées de vents forts à tempétueux de secteur ouest à nord-ouest. Les accumulations de neige soufflée des jours précédents, qui étaient déjà importantes, ont par conséquent encore grossi. Dans la nuit du 22 au 23 janvier, le vent de secteur ouest a lentement diminué et ce n’était plus qu’en haute montagne et en Engadine qu’il était encore fort à tempétueux. Dans le sud, un vent fort de secteur nord soufflait jusque dans les vallées pendant la nuit du 22 au 23 janvier.

 
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Figure 68/1: Quantités de neige tombées en 1 jour au-dessus de 1800 m, mesurées le 21 janvier à 08h00 sur les champs de mesure manuelle et calculées aux stations automatiques IMIS (en haut). En dessous la vitesse du vent au milieu de cette période de précipitations (20 janvier à 20h00) enregistrée par les stations IMIS de mesure du vent et les stations de MétéoSuisse.
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Figure 68/2: Quantités de neige tombées en 1 jour au-dessus de 1800 m, mesurées le 22 janvier à 08h00 sur les champs de mesure manuelle et calculées aux stations automatiques IMIS (en haut). En dessous la vitesse du vent au milieu de cette période de précipitations (21 janvier à 20h00) enregistrée par les stations IMIS de mesure du vent et les stations de MétéoSuisse.
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Figure 68/3: Quantités de neige tombées en 1 jour au-dessus de 1800 m, mesurées le 23 janvier à 08h00 sur les champs de mesure manuelle et calculées aux stations automatiques IMIS (en haut). En dessous la vitesse du vent au milieu de cette période de précipitations (22 janvier à 20h00) enregistrée par les stations IMIS de mesure du vent et les stations de MétéoSuisse.
 

Au cours de la deuxième partie de la période de précipitations depuis le soir du 20 janvier jusqu’au matin du 23 janvier, les quantités globales suivantes de neige sont tombées au-dessus de 2200 m (cf. figure 69):

  • Régions au nord de l’axe Rhône-Rhin, Valais, région du Gothard, nord des Grisons et Basse-Engadine: de 100 à 150 cm; dans le nord du Valais, localement jusqu’à 170 cm
  • Autres régions: de 60 à 100 cm; dans l’extrême sud, moins de neige fraîche
 

Ces quantités de neige sont importantes et même parfois exceptionnelles. Selon les régions, elles sont atteintes environ une fois tous les 10 à 50 ans (cf. figure 70). Les stations avec des périodes de récurrence de plus de 20 ans se limitent presque sans exception au Valais, où les précipitations sont normalement plutôt faibles, et aux régions directement avoisinantes.

Etant donné que la récurrence calculée dépend fortement du nombre d’années de relevés, ce sont uniquement les stations de mesure déjà en activité au cours de l’hiver avalancheux de 1999, c’est-à-dire celles qui sont opérationnelles depuis au moins 20 ans, qui ont été prises en compte. Cela limite le réseau IMIS à une trentaine de stations. Les stations manuelles avec de nombreuses années de mesures sont certes beaucoup plus nombreuses, mais un grand nombre d’entre elles sont situées plutôt à basse altitude. En raison de l’altitude relativement élevée de la limite des chutes de neige, cet épisode de précipitations ne reprend que les périodes de récurrence des stations situées au-dessus de 1500 m. Des quantités vraiment exceptionnelles de neige ont été enregistrées quasi exclusivement par des stations situées au-dessus de 2000 m. Il n’y a exactement que 8 stations de cette zone d’altitude qui effectuent des relevés manuels depuis de nombreuses années et qui toutes, à l’exception de la station du Weissfluhjoch, ne sont opérationnelles que depuis environ 30 ans. L’influence du nombre d’années de relevés sur les périodes de récurrence est illustrée par l’exemple des sommes de neige fraîche de 25 jours (cf. figure 74).

L’introduction de données erronées ou des avalanches touchant les stations de mesure peuvent fausser les calculs de quantité de neige fraîche aux stations IMIS. C’est la raison pour laquelle les périodes avec des avalanches connues ou des valeurs extrêmes manifestement incorrectes ne sont pas prises en compte lors de l’analyse. On sait néanmoins par expérience que des valeurs extrêmes incorrectes dans une plage de mesure „normale“ ne sont pas reconnues comme telles. Aux stations IMIS, ces valeurs extrêmes annuelles incorrectes peuvent donner lieu à une sous-évaluation des périodes de récurrence d’un phénomène correctement modélisé. Des valeurs extrêmes sont souvent enregistrées pendant des périodes de tempête, comme c’était également le cas en janvier dernier. Le vent peut alors influencer les valeurs d’une manière ou d’une autre. C’est ainsi que la hauteur de neige, par exemple, peut diminuer en dépit de fortes chutes de neige, parce que l’érosion due au vent est simultanément plus importante.

 

Sommes de neige tombée en 7 jours jusqu’au 23 janvier

Globalement, les quantités suivantes de neige (cf. figure 71) sont tombées au-dessus de 2200 m environ au cours de cette période de précipitations d’une semaine depuis le matin du 23 janvier:

  • Valais, crête nord des Alpes et Grisons depuis Arosa jusque dans la vallée de Samnaun: de 2 à 3 m; dans le nord du Bas-Valais et dans les Alpes glaronnaises, localement encore plus
  • Autres régions: souvent de 1 à 2 m; plus au sud, moins de neige fraîche

Avec des valeurs de 2 à 3 m, les sommes de neige tombée en sept jours (cumuls des hauteurs de neige fraîche mesurées quotidiennement) sont exceptionnelles. Dans les régions du Valais et des Grisons avec des précipitations généralement plutôt faibles, ces quantités ne sont souvent atteintes que tous les 15 à 30 ans. Les plus grandes annualités (> 40 ans) peuvent être observées dans des stations individuelles du Valais au-dessus de 2000 m d'altitude (cf. figure 72). Différents stations ont enregistré le 23 janvier 2018 de nouvelles valeurs records pour les sommes de neige fraîche en sept jours (cf. tableau 10):

 
 

Sommes de neige tombée en 25 jours jusqu’au 23 janvier

Des quantités relativement importantes de neige étaient déjà tombées dans les semaines précédant cet épisode de précipitations, à savoir du 28 décembre au 5 janvier et du 8 au 10 janvier, surtout dans le sud du Valais, dans le Haut-Valais et dans le nord-ouest du Tessin. Il en résulterait une période de 27 jours jusqu'au 23 janvier. Dans ce qui suit, nous nous concentrerons sur les sommes de neige tombée en 25 jours, car les Vallées de la Viege comme région particulièrement touchée présentes les plus grandes annualités sur 25 jours, et les différences d'annualité ne sont autrement que faibles.

Les cumuls de neige tombée en l’espace de 25 jours au-dessus de 2200 m environ atteignaient ainsi les valeurs suivantes (cf. figure 73):

  • Valais et parties occidentales de la région du Gothard: de 4 à 5 m; dans le nord du Bas-Valais, sur la crête principale des Alpes du Haut-Valais et dans le val Bedretto, parfois plus
  • Autres régions de la crête nord des Alpes et du nord-ouest du Tessin, nord des Grisons et nord de la Basse-Engadine: de 3 à 4 m
  • Autres régions: souvent de 2 à 3 m

Plusieurs stations ont enregistré le 23 janvier 2018 de nouveaux records de cumuls de neige fraîche en 25 jours (cf. tableau 11). La station Triftchumme (ZER2) a également enregistré des valeurs très élevées, mais elle a été touchée par une avalanche le 4 janvier, de sorte qu’une interprétation précise des données n’y était pas possible.

 

Une analyse des données des stations effectuant des mesures depuis au moins 20 ans donne les périodes de récurrence suivantes pour les sommes de neige fraîche de 25 jours (cf. figure 74, en haut):

  • Fond des vallées postérieures de la Viège: environ 70 ans
  • Reste du Valais: de 10 à 40 ans
  • Région du Gothard et nord des Grisons: de 15 à 25 ans

Pour connaître l’influence du nombre d’années de mesures sur la période de récurrence, la même analyse est effectuée (cf. figure 74, en bas) en prenant pour toutes les stations uniquement les données des 20 dernières années (1999-2018). Les différences entre les stations sont alors plus petites. Dans cette seconde analyse, on observe plus particulièrement une diminution de près de la moitié des longues périodes de récurrence calculées pour les stations de Zermatt et Saas-Fee dans les vallées de la Viège, puisque ces périodes qui étaient initialement de 70 ans ne sont alors plus que de 25 à 40 ans. La raison de cette diminution du nombre d’années de récurrence est que le caractère unique des valeurs records de 2018 apparaît moins clairement dans les durées de mesures plus courtes. Le cas contraire avec un allongement de la période de récurrence existe cependant aussi. A Grächen avec ses 50 années de mesures, par exemple, la période de récurrence passe de 8 à 28 ans. Dans ce cas, l’année 2018 arrive en 8e position, car les 7 hivers plus neigeux datent tous d’avant 1999.

 

Comparaison avec février 1999

Également en 1999, le dernier hiver très avalancheux, trois périodes de précipitations s’étaient succédé à bref intervalle (voir l’analyse des phénomènes avalancheux de l’hiver 1999). En 1999, les pauses entre les périodes de chutes de neige étaient plus courtes, de sorte qu’à l’époque le manteau neigeux pouvait moins se stabiliser avant de nouvelles chutes de neige. Tout comme cet hiver, en 1999, la dernière des trois périodes de précipitations était la plus intense. Dans les régions touchées par les précipitations les plus abondantes, elle avait apporté en 9 jours des sommes de neige fraîche comprises entre 2,5 et 3,5 m. A l’époque, ces valeurs maximales étaient toutefois mesurées sur le versant nord des Alpes qui bénéficie habituellement des précipitations les plus abondantes. Mais là aussi, ces cumuls correspondaient à des événements se produisant tous les 75 à 100 ans. Les sommes de neige fraîche maximales de la dernière période de précipitations de février 1999 étaient dès lors nettement supérieures à celles de la période du 16 au 23 janvier 2018.

Pour l’hiver avalancheux de 1999, les sommes de neige tombée en 30 jours couvrant les trois périodes de précipitations étaient déterminantes. Elles étaient les plus élevées sur le versant nord des Alpes avec des valeurs de 5,5 à 7,5 m, ce qui correspond à une période de récurrence de 60 à 100 ans.

Vu dans toute la Suisse, l'événement a duré 27 jours dans l'hiver en cours. Pour permettre une comparaison hydrologique, on a dès lors déterminé les sommes maximales de neige tombée en 27 jours au cours de l’hiver 1999, également au-dessus de 2000 m environ (cf. figure 75). A la fin de la période de précipitations de 1999, ces sommes de neige fraîche du 30 janvier au 25 février présentaient les résultats suivants:

  • En 1999, les chutes de neige étaient les plus abondantes sur le versant nord des Alpes et dans le nord du Bas-Valais avec de 5 à 7 m en 27 jours. Ces valeurs étaient nettement supérieures à celles de l’hiver actuel avec de 3 à 4 m dans certaines régions.
  • Au cours de l’hiver actuel, de 4 à 5 m de neige étaient tombés dans le Haut-Valais, et parfois même davantage le long de la crête principale des Alpes. C’était nettement plus que les valeurs de 2 à 4 m de 1999.
  • Dans le nord des Grisons, de 4 à 5 m de neige étaient tombés sur une grande partie du territoire en 1999, alors que pour l’hiver actuel les cumuls de neige n’étaient que de 2 à 4 m.

 

Une comparaison des périodes de récurrence respectives pour les sommes de neige fraîche de 27 jours au cours des deux hivers donne des périodes de récurrence clairement plus longues en 1999, surtout sur le versant nord des Alpes et dans le nord des Grisons (cf. figure 76). La seule région avec des périodes de récurrence nettement plus longues en 2018 couvre les vallées postérieures de la Viège, qui n’avaient reçu que relativement peu de précipitations en 1999. Il y a lieu de souligner que les périodes de récurrences supérieures à 150 ans ne doivent pas être trop pondérées, car, pour des raisons inhérentes à la méthode appliquée, les périodes de récurrence supérieures à trois fois le nombre d’années de mesures présentent d’importantes incertitudes.

 

Evolution de la hauteur de neige

Hauteur de neige le 15 janvier

Après un début précoce de l’hiver et une succession de chutes de neige en novembre et décembre, les hauteurs de neige en altitude étaient supérieures aux valeurs moyennes dès la fin décembre. Du 30 décembre jusqu’au 9 janvier, il y a eu d’abondantes précipitations sur une grande partie du territoire. Dans le nord, la limite des chutes de neige est montée à diverses reprises à environ 2000 m. A la mi-janvier, les hauteurs de neige étaient les suivantes (cf. figure 77, en haut):

  • A 2500 m sur une grande partie du territoire de 1,5 à 2,5 m; en Engadine, de 0,8 à 1,5 m
  • A 2000 m au nord de l’axe Rhône-Rhin, sur une grande partie de la région du Gothard et du Prättigau de 1,2 à 2 m; dans les autres régions, environ 1 m
  • A 1500 m sur une grande partie du territoire de 0,5 à 1,2 m

La comparaison à la moyenne pluriannuelle pour ce jour de l’année donne le résultat suivant (cf. figure 78, en haut):

  • Au-dessus de 2100 m environ, les hauteurs de neige étaient partout supérieures aux valeurs moyennes. Dans l’ouest et en Valais, les valeurs étaient clairement supérieures aux moyennes, et dans le sud du Valais, elles étaient parfois nettement supérieures à ces valeurs.
  • Entre 1600 et 2100 m, les hauteurs de neige étaient souvent légèrement supérieures aux valeurs moyennes, et en Valais, elles étaient même clairement supérieures à ces valeurs.
  • Entre 1000 et 1600 m, les hauteurs de neige étaient légèrement supérieures aux valeurs moyennes en Valais. Dans les autres régions, elles correspondaient plus ou moins aux données moyennes, et sur le versant nord des Alpes et dans le sud, elles étaient parfois inférieures à ces valeurs.
 

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Figure 77/1: Hauteurs de neige à 2500 m, mesurées sur les champs de mesure manuelle du SLF ainsi qu’aux stations automatiques IMIS. En haut, les valeurs avant la période de précipitations (15 janvier); en bas, les valeurs après cette période (23 janvier).
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Figure 77/2: Hauteurs de neige à 2000 m, mesurées sur les champs de mesure manuelle du SLF ainsi qu’aux stations automatiques IMIS. En haut, les valeurs avant la période de précipitations (15 janvier); en bas, les valeurs après cette période (23 janvier).
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Figure 77/3: Hauteurs de neige à 1500 m, mesurées sur les champs de mesure manuelle du SLF ainsi qu’aux stations automatiques IMIS. En haut, les valeurs avant la période de précipitations (15 janvier); en bas, les valeurs après cette période (23 janvier).
 

Hauteur de neige le 23 janvier

A la fin de la période de précipitations, les hauteurs de neige étaient les suivantes (cf. figure 77, en bas):

  • A 2500 m sur une grande partie du territoire de 2 à 3 m; dans les Alpes vaudoises, dans le nord du Bas-Valais, dans le Haut-Valais et dans les parties septentrionales du centre et de l’est du versant nord des Alpes, de 3 à 4 m; dans le nord du Bas-Valais, même plus de 4 m. Sur le centre du versant sud des Alpes sans le nord-ouest du Tessin ainsi qu’en Haute-Engadine et dans les vallées avoisinantes côté sud, la neige était la moins abondante avec des hauteurs de 1,5 à 2 m.
  • A 2000 m au nord de l’axe Rhône-Rhin, dans l’ouest du Bas-Valais, dans certaines parties du sud du Haut-Valais, dans la région du Gothard ainsi que dans le Prättigau, souvent de 2 à 3 m; dans le nord du Bas-Valais et dans certaines parties des Alpes glaronnaises, même encore plus. Dans les autres régions, il y avait de 1 à 2 m de neige.
  • A 1500 m sur une grande partie du territoire de 1 à 2 m de neige; dans les Alpes glaronnaises et dans l’ouest de la région du Gothard, il y avait un peu plus de neige.

La comparaison avec la moyenne pluriannuelle pour ce jour de l’année donne le résultat suivant (cf. figure 78, en bas):

  • Au-dessus de 2100 m environ, les hauteurs de neige étaient supérieures aux valeurs moyennes sur le centre du versant sud des Alpes sans le nord-ouest du Tessin ainsi qu’en Haute-Engadine et dans les vallées avoisinantes côté sud; ailleurs, elles étaient partout nettement supérieures aux valeurs moyennes. Dans les vallées méridionales de la Viège, il y avait même plus de 2½ fois la quantité habituelle de neige en cette saison.
  • Entre 1600 et 2100 m, les hauteurs de neige étaient partout nettement supérieures aux valeurs moyennes. Dans certaines parties du sud du Valais et depuis Davos jusque dans le nord de la Basse-Engadine, il y avait même plus de 2½ fois la quantité habituelle de neige en cette saison.
  •  Entre 1000 et 1600 m, la limite parfois élevée des chutes de neige s'est fait remarquer, surtout dans le nord. Etant donné qu’une grande partie des précipitations était tombée sous forme de pluie, les hauteurs de neige dans les Préalpes étaient localement inférieures aux données moyennes et, également sur le reste du versant nord des Alpes, elles n’étaient que légèrement supérieures aux valeurs moyennes. Dans toutes les autres régions, les hauteurs de neige étaient nettement supérieures aux valeurs moyennes, y compris à cette altitude.

Pour un 23 janvier, des hauteurs de neige aussi importantes sont exceptionnelles et ne sont statistiquement attendues à de nombreuses stations que tous les 20 à 100 ans (cf. figure 79). La grande majorité des stations (12 sur 17) avec une période de récurrence de plus de 50 ans pour les hauteurs de neige en janvier se trouvent en Valais. Les autres stations (à une exception près) sont concentrées dans l’est des Grisons.

En raison du mois de janvier 2018 extrêmement doux, la période de récurrence des hauteurs de neige dépendait fortement de l’altitude. Cela apparaît clairement aux trois stations Klosters (1200 m), Davos (1560 m) et Weissfluhjoch (2540 m). Les périodes de récurrence respectives pour les hauteurs de neige en janvier (sur la base des 20 années de 1999 à 2018) sont de 8, 16 et 29 ans.

Environ un tiers de toutes les stations d’observation en dessous de 2000 m et effectuant des relevés depuis de nombreuses années n’avaient encore jamais mesuré autant de neige un 23 janvier que cette année. Des records absolus de hauteur de neige n’ont toutefois été enregistrés que sur trois stations en Valais et une station dans les Grisons avec au moins 20 années de mesures (cf. tableau 12). Une analyse appliquée à l’ensemble de l’hiver montre que les hauteurs maximales de neige atteintes en 2018 dans les régions particulièrement concernées du Valais et des Grisons ne sont toutefois susceptibles de se produire qu’une fois tous les 15 à 30 ans.

 
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Figure 78/1: Hauteurs de neige au-dessus de 2100 m, comparées aux valeurs moyennes du même jour de l’année, mesurées sur les champs de mesure manuelle du SLF ainsi qu’aux stations automatiques IMIS. En haut, les valeurs avant la période de précipitations (15 janvier); en bas, les valeurs après cette période (23 janvier).
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Figure 78/2: Hauteurs de neige entre 1600 et 2100 m, comparées aux valeurs moyennes du même jour de l’année, mesurées sur les champs de mesure manuelle du SLF ainsi qu’aux stations automatiques IMIS. En haut, les valeurs avant la période de précipitations (15 janvier); en bas, les valeurs après cette période (23 janvier).
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Figure 78/3: Hauteurs de neige entre 1000 et 1600 m, comparées aux valeurs moyennes du même jour de l’année, mesurées sur les champs de mesure manuelle du SLF ainsi qu’aux stations automatiques IMIS. En haut, les valeurs avant la période de précipitations (15 janvier); en bas, les valeurs après cette période (23 janvier).
 
 
 

Même si le 23 janvier les maxima de hauteur de neige mesurés n’ont été atteints que très localement, une hauteur de neige aussi importante si tôt en hiver présentait néanmoins des dangers:

  • Le calcul de la charge de neige pour la mesure des toits des bâtiments est régi par la norme SIA261 de la Société suisse des ingénieurs et des architectes. Comme il avait plu jusqu’à haute altitude, la densité de la neige était déjà assez élevée le 23 janvier. A Davos, par exemple, elle était comprise entre 250 et 320 kg/m3. En conséquence, la charge de la neige à Davos s’élevait à environ 70% de la charge admissible. En cas de nouvelles chutes de neige importantes au cours de l’hiver, le seuil maximal aurait pu être dépassé.
  • De nombreux dispositifs paravalanches étaient déjà remplis de neige aux deux tiers environ et localement les râteliers de protection étaient même entièrement enneigés, tout particulièrement sur les pentes à l’abri du vent. Ici aussi, d’importantes chutes de neige supplémentaires dans le courant de l’hiver auraient donné lieu à des problèmes.
  • Des dégâts dus à des glissements de neige ne se sont certes guère produits directement pendant cette période avalancheuse, mais dans le courant de l’hiver comme conséquence des grandes hauteurs de neige. Ils ont par exemple endommagé des bâtiments ou des voies de communication, mais ils ont aussi provoqué des fissures dans le sol favorisant par la suite des glissements de terrain.

Comparaison avec février 1999

Le mois de janvier 2018 était nettement plus chaud que le mois de février 1999. C’est la raison pour laquelle en 2018, les précipitations tombaient souvent sous forme de pluie à basse et moyenne altitude. Par conséquent, surtout en dessous de 1300 m environ, il y avait nettement moins de neige qu’en février 1999, et en dessous de 2000 à 2200 m environ, la neige s’humidifiait vers la fin des précipitations. À haute altitude, les hauteurs de neige au 23 janvier 2018 dans le sud du Valais atteignaient des valeurs élevées similaires à celles de février 1999, tandis qu’ailleurs, elles étaient inférieures à ces valeurs.

 

 

 

Constitution du manteau neigeux

Constitution du manteau neigeux avant la période avalancheuse

Avant la période de précipitations, la constitution du manteau neigeux le 15 janvier était bonne dans le nord. Il n’y avait pratiquement pas de couches molles composées de grains anguleux, typiques pour les couches fragiles (cf. figure 80). En Valais, de telles couches fragiles potentielles étaient certes présentes, mais entretemps elles avaient été recouvertes d’une grande épaisseur de neige et ne pouvaient dès lors plus se décrocher que difficilement. Dans le sud et dans de grandes parties des Grisons, la constitution du manteau neigeux était un peu moins favorable. Les couches fragiles potentielles y étaient plus fréquentes et par ailleurs recouvertes de moins de neige.

Après plusieurs belles journées avec des nuits claires, les couches proches de la surface avaient subi une métamorphose constructive à grains anguleux sur les pentes à l’ombre et étaient meubles. Sur une grande partie du territoire, il y avait en outre parfois un important givre de surface (cf. figure 81). La surface de neige ancienne constituait dès lors une couche fragile potentielle pour les chutes de neige suivantes.

 

Constitution du manteau neigeux pendant la période avalancheuse

Pendant toute la période de précipitations, le vent était souvent fort à tempétueux de secteur ouest à nord-ouest. Il a ainsi donné lieu à la formation de très grandes accumulations de neige soufflée toujours sur les mêmes pentes à l’abri du vent. Ces accumulations de neige soufflée s’étaient déposées sur la surface fragile de neige ancienne du 15 janvier, tout particulièrement sur les pentes abritées du vent et dans le voisinage de la limite de la forêt (cf. figure 82). On peut supposer que de nombreuses avalanches spontanées, en Valais en partie de grande ampleur, survenues les 17/18 janvier se sont décrochées dans cette couche.

 
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Figure 82/1: La surface neigeuse du 15 janvier constituait une importante couche fragile, surtout sur les pentes abritées du vent et dans le voisinage de la limite de la forêt. Elle avait souvent subi une métamorphose constructive à grains anguleux et était molle, surtout sur les pentes à l’ombre, comme dans ce profil, relevé le 21 janvier à Splügen (GR) à 2083 m.
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Figure 82/2: Il y avait parfois aussi du givre de surface enneigé, comme dans ce profil relevé à Montana (VS) le 22 janvier sur une pente exposée au sud-est à 2028 m.
 

Par la suite, les tests de stabilité et les départs d’avalanches ont montré que la surface de neige ancienne du 15 janvier s’était quelque peu stabilisée au cours des périodes de précipitations. Même si les avalanches survenues du 21 au 23 janvier se décrochaient parfois sur de grandes superficies, elles n’atteignaient pas toujours des profondeurs suffisamment importantes pour que la surface neigeuse du 15 janvier intervienne comme couche fragile.

Il n’y a guère d’analyses du manteau neigeux effectuées au cours de ces journées. Lors des analyses réalisées ultérieurement, on n’a plus trouvé de couches fragiles marquées dans les énormes couches de neige fraîche et de neige soufflée (cf. figure 83). Il est dès lors probable que de nombreuses avalanches se soient décrochées dans des couches fragiles à courte durée de vie au sein des différentes couches de neige fraîche et de neige soufflée. Cela explique également l’activité avalancheuse parfois importante sur les pentes exposées au sud-est. Diverses photos d’avalanches permettent de conclure que certaines avalanches ont entraîné sur leur trajectoire des parties parfois importantes du manteau neigeux encore frais.

A la différence des périodes avalancheuses de début janvier, les couches fragiles profondes n’étaient cette fois plus que très localement susceptibles de se décrocher. En tous cas, sur les images satellite, on ne décèle qu’une poignée d’avalanches qui s’étaient décrochées près du sol.

 
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Figure 83/1: Premier profil de neige du 24 janvier, relevé sur une pente exposée au sud à 2883 m à Montana (VS). Le profil ne révèle pas de présence de givre de surface enneigé. On peut dès lors se demander si du givre de surface n’aurait pas été enneigé puis aurait disparu par la suite. Même si des ruptures pouvaient encore être provoquées dans les différentes couches de neige fraîche et de neige soufflée de la dernière période de précipitations, celles-ci ne se propageaient plus à l’ensemble du bloc. Les couches du début de l’hiver formaient un socle fragile.
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Figure 83/2: Deuxième rofil de neige du 24 janvier, relevé sur une pente exposée à l’est à 2553 m sur le Kartigelfirn (Wassen, UR). Le profil ne révèle pas de présence de givre de surface enneigé. On peut dès lors se demander si du givre de surface n’aurait pas été enneigé puis aurait disparu par la suite. Même si une rupture pouvait encore être provoquée dans les couches de neige fraîche et de neige soufflée de la dernière période de précipitations, elle ne se propageait plus à l’ensemble du bloc. Les 85 cm inférieurs n’ont pas été analysés.
 

En raison des fortes fluctuations de la limite des chutes de neige, la surface neigeuse subissait constamment un début d’humidification à moyenne altitude (cf. figure 84). Plus particulièrement le 22 janvier en dessous de 2200 m environ, ces conditions ont donné lieu à des avalanches de neige mouillée parfois de grande ampleur et descendant jusque dans des zones sans neige. Simultanément, la neige humide ralentissait cependant, sur leur parcours jusque dans la vallée, les avalanches poudreuses qui s’étaient décrochées plus haut dans la neige sèche. En dessous de 1300 m environ, il n’y avait que peu de neige.

 

Comparaison avec février 1999

Pendant l’hiver 1998/99, les hauteurs de neige n’étaient que moyennes jusqu’en janvier. Avant les importantes chutes de neige, le manteau neigeux avait parfois subi une métamorphose constructive à grains anguleux et renfermait plusieurs croûtes. La hauteur de neige était donc généralement inférieure à celle de l’hiver 2017/18.

  • Malgré cela, le manteau de neige ancienne n’a été entraîné que rarement au cours de la première période de fortes chutes de neige de fin janvier 1999. Les avalanches se décrochaient le plus souvent au niveau du passage de la neige ancienne vers la neige fraîche.
  •  Lors du deuxième épisode de fortes chutes de neige du 5 au 12 février 1999, l’importante activité avalancheuse n’a commencé dans les régions avec beaucoup de neige que quand la somme de neige fraîche y avait atteint environ 1,5 m. Les volumes de dépôts de neige n’étaient généralement pas trop importants. La neige superficielle froide et meuble a parfois donné lieu à de grandes avalanches poudreuses. Pendant l’hiver 2017/18 en revanche, la neige à moyenne altitude était généralement humide, de sorte que les avalanches poudreuses étaient freinées sur leur parcours jusque dans la vallée.
  • Le troisième et dernier épisode de fortes chutes de neige était le plus abondant. Entretemps, la surcharge était devenue si importante que les avalanches se propageaient souvent jusque dans les couches proches du sol. Cette situation a donné lieu à de nombreuses très grandes avalanches et à des dégâts importants du 22 au 25 février 1999. Au cours de l’hiver 2017/18, la base du manteau neigeux était par contre plus stable, de sorte que seulement très peu d’avalanches s’étaient décrochées dans les couches profondes.


 

Bulletin d’avalanches et activité avalancheuse du 15 au 20 janvier

Situation initiale au 15 janvier

Déjà aux alentours du 4 janvier et, dans les vallées de la Viège de manière très marquée le 9 janvier, de nombreuses grandes avalanches et parfois aussi de très grandes avalanches s’étaient décrochées. Beaucoup de couloirs d’avalanches s’étaient ainsi déjà lissés dans ces régions. Dans les zones d’arrêt, il y avait en outre le risque que de nouvelles avalanches soient déviées au niveau d’anciens dépôts d’avalanches et sortent latéralement des trajectoires habituelles.

Du 16 au 20 janvier

L’abondante neige fraîche, le vent fort à tempétueux et une surface de neige ancienne parfois mauvaise ont fait augmenter sensiblement le danger d’avalanche en de nombreux endroits (cf. figure 85). Au début, la neige fraîche et la neige soufflée pouvaient se décrocher facilement, et dès le 16 janvier, des avalanches ont commencé à se décrocher spontanément en Valais.

 
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Figure 85/1: Danger d'avalanche prévu pour le 15 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). Le manteau neigeux était assez stable, la situation avalancheuse généralement bonne. La surface avait toutefois parfois subi une métamorphose constructive à grains anguleux et il y avait du givre de surface sur une grande partie du territoire.
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Figure 85/2: Danger d'avalanche prévu pour le 16 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). De la neige fraîche et de la neige soufflée se déposaient sur la surface neigeuse parfois défavorable. Le danger d’avalanche augmentait rapidement.
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Figure 85/3: Danger d'avalanche prévu pour le 17 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). Nouvelles chutes de neige. Augmentation du danger d’avalanche, dans certaines régions du Valais jusqu’au degré 4 (fort). Le danger concernait surtout les adeptes des sports d’hiver.
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Figure 85/4: Danger d'avalanche prévu pour le 18 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). Nouvelles chutes de neige. Sur une grande partie du territoire, degré 4 pour les adeptes des sports d’hiver. En Valais, les voies de communication exposées étaient entretemps également menacées.
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Figure 85/5: Danger d'avalanche prévu pour le 19 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). Dans les régions touchées par les précipitations les plus abondantes, degré 4, surtout pour les adeptes des sports d’hiver.
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Figure 85/6: Danger d'avalanche prévu pour le 20 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). Grâce à une brève pause dans les précipitations, légère diminution du danger d’avalanche jusqu’au degré 3 (marqué).
 

Le degré de danger 4 (fort) était annoncé pour le 17 janvier dans la partie la plus occidentale et dans le nord du Bas-Valais, et pour le 18 janvier dans l’ensemble du Valais et dans de grandes parties du versant nord des Alpes (cf. figure 85). Au cours de ces deux journées, des avalanches ont été signalées surtout en Valais (cf. figure 86). Parmi celles-ci, il y avait aussi deux imposantes avalanches poudreuses l’après-midi du 17 janvier au Grand Chavalard (Fully, VS) et dans la vallée de Zermatt (VS). Les observations étaient cependant sans doute très incomplètes, étant donné que les conditions de visibilité étaient très limitées et que beaucoup de domaines skiables étaient fermés à cause du vent soufflant en tempête. Au cours de cette phase, des avalanches spontanées relativement grandes ont également été détectées par les installations radar. Comme par exemple dans les couloirs d’avalanches qui pouvaient mettre en danger la route vers Zermatt (VS) ainsi que sur le site expérimental du SLF dans la vallée de la Sionne (VS). Cette dernière avalanche avait atteint une vitesse de plus de 200 km/h et était donc l’une des plus grandes avalanches poudreuses de ces dernières années dans cette région.

 
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Figure 86/1: Degré de danger le 17 janvier (bulletin de la veille au soir) et avalanches signalées par les observateurs du SLF. La figure représente l’indice d’activité avalancheuse AAI dans les différentes régions concernées par les prévisions. Des avalanches de neige sèche ont été signalées surtout en Valais et dans le nord de la Basse-Engadine. En Valais, déjà quelques grandes avalanches. Toutes les avalanches sont loin d’être répertoriées. La figure ne donne qu’un aperçu approximatif.
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Figure 86/2: Degré de danger le 18 janvier (bulletin de la veille au soir) et avalanches signalées par les observateurs du SLF. La figure représente l’indice d’activité avalancheuse AAI dans les différentes régions concernées par les prévisions. Quelques grandes avalanches spontanées de neige sèche ont été signalées en Valais, avec parfois une part importante de poudreuse. Toutes les avalanches sont loin d’être répertoriées. La figure ne donne qu’un aperçu approximatif.
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Figure 86/3: Degré de danger le 19 janvier (bulletin de la veille au soir) et avalanches signalées par les observateurs du SLF. La figure représente l’indice d’activité avalancheuse AAI dans les différentes régions concernées par les prévisions. Des avalanches ont été signalées dans toutes les régions climatiques, avec déclenchement parfois spontané et parfois artificiel. Toutes les avalanches sont loin d’être répertoriées. La figure ne donne qu’un aperçu approximatif.
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Figure 86/4: Degré de danger le 20 janvier (bulletin de la veille au soir) et avalanches signalées par les observateurs du SLF. La figure représente l’indice d’activité avalancheuse AAI dans les différentes régions concernées par les prévisions. Grâce à la pause dans les précipitations, l’activité avalancheuse a également diminué. Grandes avalanches signalées dans la vallée de Zermatt. Toutes les avalanches sont loin d’être répertoriées. La figure ne donne qu’un aperçu approximatif.
 

Bulletins d’avalanches du 21 au 23 janvier

Depuis le soir du 21 janvier jusqu’au matin du 23 janvier, le degré de danger 5 (très fort) était annoncé dans pratiquement tout le Valais, dans certaines parties de la crête nord des Alpes ainsi que depuis le Prättigau jusque dans la vallée de Samnaun (cf. figure 87).

 
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Figure 87/1: Danger d'avalanche prévu pour le 21 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). Début de la période avalancheuse: degré de danger 4 en raison d’intenses chutes de neige sur une grande partie du territoire. Précipitations étonnamment abondantes dans les Grisons et extension du degré de danger 4 à cette région dans le bulletin du matin.
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Figure 87/2: Danger d'avalanche prévu pour le 22 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). Chutes de neige persistantes et montée de la limite des chutes de neige. Degré de danger 5 (très fort) très étendu; dans les autres régions, généralement degré de danger 4.
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Figure 87/3: Danger d'avalanche prévu pour le 23 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). Toujours des précipitations pendant la nuit et degré de danger 5. Pendant la journée, temps sec et diminution rapide du danger d’avalanche.
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Figure 87/4: Danger d'avalanche prévu pour le 24 janvier. Bulletin de la veille au soir (17h, en haut) et du matin (08h, en bas). En l’absence de couche fragile marquée, le manteau neigeux s’est rapidement stabilisé.
 

Activité avalancheuse du 21 au 23 janvier

La plus grande période avalancheuse depuis 1999

L’hiver 2017/18 était l’hiver le plus avalancheux depuis le début du calcul de l’indice d’activité avalancheuse en 2001/02 et sans doute aussi depuis l’hiver avalancheux de 1998/99 (cf. figure 88). La période du 21 au 23 janvier était la période avalancheuse de trois jours la plus importante depuis que l’indice d’activité avalancheuse est calculé, et donc vraisemblablement depuis février 1999.

 

Évolution dans le temps

L’évolution de l’activité avalancheuse au fil des jours est évaluée sur la base des avis des observateurs et de l’indice d’activité avalancheuse calculé en fonction de ces informations (cf. figures 89 à 91). A la différence des images fournies par les satellites, on dispose pour ces avalanches d’informations (connues ou estimées) concernant le déclenchement et généralement aussi de données relatives au type d’avalanche et à leur humidité. Ces données sont cependant très incomplètes, tout particulièrement par mauvais temps et dans les régions isolées.

Un très grand nombre d’avalanches se sont produites tout particulièrement les 22 et 23 janvier, avec entre autres beaucoup de grandes avalanches et plusieurs très grandes avalanches. Pour ces deux journées, cette situation a donné lieu à un indice d’activité avalancheuse élevé. Pour l’ensemble de la période, l’activité avalancheuse était la plus importante en Valais, suivi par le versant nord des Alpes et les Grisons (cf. figure 89).

 

Le 23 janvier, l’activité avalancheuse en Valais et dans les Grisons était un peu plus faible que le 22 janvier. Dans les Grisons, le réchauffement est intervenu un peu plus tard que dans les autres régions, de sorte qu’on y a enregistré une activité avalancheuse similaire au cours de ces deux journées. Sur le centre du versant sud des Alpes, les précipitations abondantes et donc aussi les avalanches relativement grandes se limitaient essentiellement au nord-ouest du Tessin. Par conséquent, l’activité avalancheuse dans le sud était globalement seulement faible.

Avec la montée de la limite des chutes de neige, non seulement des avalanches de neige sèche mais aussi, en dessous de 2200 m environ, de plus en plus d’avalanches de neige mouillée étaient signalées à partir du 21 janvier dans la plupart des régions (cf. figure 90). Souvent, des avalanches qui s’étaient décrochées plus haut dans la neige sèche rencontraient à moyenne altitude de la neige humide (avalanches mixtes). C’est la raison pour laquelle, plus particulièrement les avalanches poudreuses étaient ralenties et ne descendaient guère jusqu’à basse altitude.

 
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Figure 91/1: Degré de danger le 21 janvier (bulletin de la veille au soir) et avalanches signalées par les observateurs du SLF. La figure représente l’indice d’activité avalancheuse AAI dans les différentes régions concernées par les prévisions. Un plus grand nombre de grandes avalanches de neige sèche étaient signalées en Valais. Dans le nord-est, grandes avalanches de neige humide. Toutes les avalanches sont loin d’être répertoriées. La figure ne donne qu’un aperçu approximatif.
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Figure 91/2: Degré de danger le 22 janvier (bulletin de la veille au soir) et avalanches signalées par les observateurs du SLF. La figure représente l’indice d’activité avalancheuse AAI dans les différentes régions concernées par les prévisions. Beaucoup de grandes avalanches et plusieurs très grandes avalanches. Les régions les plus concernées étaient le Valais, les vallées du Hasli, Davos et le nord de la Basse-Engadine. En Valais, surtout des avalanches de neige sèche et des avalanches mixtes; sur le versant nord des Alpes, généralement des avalanches de neige mouillée ou mixtes; dans les Grisons au sud du Rhin antérieur, surtout des avalanches de neige sèche. Toutes les avalanches sont loin d’être répertoriées. La figure ne donne qu’un aperçu approximatif.
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Figure 91/3: Degré de danger le 23 janvier (bulletin de la veille au soir) et avalanches signalées par les observateurs du SLF. La figure représente l’indice d’activité avalancheuse AAI dans les différentes régions concernées par les prévisions. Beaucoup de grandes avalanches et plusieurs très grandes avalanches. Les régions les plus touchées étaient le Valais et Prättigau-Davos. La plupart des avalanches étaient de neige sèche ou mixtes. Surtout dans la nuit, déclenchement souvent spontané; pendant la journée, déclenchement au moyen d’explosifs. Toutes les avalanches sont loin d’être répertoriées. La figure ne donne qu’un aperçu approximatif.
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Figure 91/4: Degré de danger le 24 janvier (bulletin de la veille au soir) et avalanches signalées par les observateurs du SLF. La figure représente l’indice d’activité avalancheuse AAI dans les différentes régions concernées par les prévisions. Activité avalancheuse nettement plus faible que les jours précédents. Toutes les avalanches sont loin d’être répertoriées. La figure ne donne qu’un aperçu approximatif.
 

Analyse des événements

A la demande de l’OFEV, le SLF procède à une analyse des événements avalancheux de la période du 21 au 23 janvier. Le point clé de cette analyse est l’évaluation de l’efficacité des mesures de protection contre les avalanches en ce qui concerne les constructions, l’aménagement du territoire ou l’organisation. Les conclusions de cette analyse seront publiées au printemps 2019.

Pour documenter l’activité avalancheuse, des images optiques fournies par les satellites avec une résolution de 1,5 m ont été commandées à toutes les régions concernées par un degré de danger 5 (très fort). Ces images ont été prises le 24 janvier par ciel dégagé. Elles permettent de dresser une cartographie assez complète, tout au moins pour les avalanches qui se sont décrochées vers la fin de l’épisode de chutes de neige. La réalisation de cette cartographie étant plus facile pour les pentes ensoleillées que pour les zones à l’ombre.

L’interprétation des images satellite n’était pas encore totalement achevée au moment de la clôture de la rédaction du présent rapport. Les résultats intermédiaires se présentaient comme suit:

  • Toutes les images satellite ont été cartographiées. Plus de 18 000 avalanches ont été répertoriées, dont plus de 3 000 grandes avalanches et 156 très grandes avalanches (superficie supérieure à 500 000 m2). Les cartographies n’ont pas encore été vérifiées et, plus particulièrement, on ne sait pas encore clairement combien d’avalanches dataient de périodes avalancheuses précédentes.
  • Dans pratiquement toutes les régions avec un très fort danger d’avalanche (degré 5), il y a eu beaucoup de grandes avalanches. Dans beaucoup de régions, on compte également de très grandes avalanches, celles-ci étaient les plus nombreuses dans le nord du Haut-Valais et depuis la partie la plus orientale de l’Oberland bernois jusque dans les Alpes uranaises. Ces avalanches n’ont toutefois que rarement atteint ou dépassé la taille des avalanches de février 1999.


 

Avalanches ayant provoqué des dégâts

Au cours de cette période avalancheuse de trois jours, aucune personne n’a perdu la vie dans une avalanche, mais il y a eu des dommages à la forêt et au sol ainsi que des dégâts matériels touchant par exemple des refuges, des routes, des remontées mécaniques et une ligne à haute tension. Les avalanches ont en outre engendré des coûts indirects en raison de routes, voies ferrées et domaines skiables fermés ainsi que d’évacuations. Au moment de la clôture de la rédaction du présent rapport, on compte sur quelque 60 à 70 avalanches ayant provoqué des dégâts matériels au cours de ces trois journées. Ce nombre est supérieur à celui des 24/25 février 2012 avec 40 avalanches, mais il est inférieur à celui de février 2003 avec 140 avalanches ayant provoqué des dégâts en 4 jours. En février 1999, la situation était beaucoup plus grave avec 1173 avalanches ayant provoqué des dégâts, et des maisons habitées étaient touchées.

Il n’est actuellement pas encore possible de dresser un bilan définitif des dommages. Celui-ci fera également partie de l’analyse des événements avalancheux.

In alto

 

Flash hiver, édition du 3 mai 2018

 

Après trois années maigres, l’hiver 2017/18 est un „véritable“ hiver, tout au moins en montagne. Si l’on considère toute la saison hivernale, c’était un des hivers les plus neigeux des 30 dernières années. Dès novembre, il est tombé des quantités de neige supérieures aux valeurs moyennes dans le nord. Le mois de janvier était extrêmement doux avec d’abondantes précipitations. Alors qu’il pleuvait souvent à basse altitude, d’énormes quantités de neige tombaient à haute altitude. Il y a eu de nombreuses grandes avalanches et le 22 janvier, un „très fort“ danger d’avalanche (degré 5) devait être annoncé sur une grande superficie pour la première fois depuis l’hiver avalancheux de 1999. Par la suite, les couches profondes du manteau neigeux ont été bien consolidées et stables. A partir de la mi-février, des couches fragiles ont en revanche été recouvertes à diverses reprises de neige fraîche, donnant lieu à des conditions parfois délicates pour les adeptes des sports de neige. Déjà en plein hiver puis davantage au printemps, il y a eu de nombreuses avalanches de glissement, qui en raison de l’épaisseur du manteau neigeux atteignaient dans certains cas une grande ampleur.

À fin avril, plus de 250 avalanches ayant provoqué des dommages (corporels ou matériels) avaient été signalées au SLF. Au total, 26 personnes ont perdu la vie dans des avalanches. Ce nombre est légèrement supérieur à la moyenne pluriannuelle de 21 victimes à fin avril. Toutes ces victimes étaient des adeptes des sports d’hiver. Une personne a été tuée par une avalanche sur un chemin de randonnée ouvert, toutes les autres victimes se trouvaient en terrain non sécurisé de randonnée ou de hors-piste.

 

Aspects typiques de l’hiver 2017/18

Début précoce de l'hiver

Pendant tout le mois de novembre, il a neigé chaque week-end, et parfois intensément. Les bases étaient ainsi jetées pour un magnifique hiver du point de vue touristique. Fin novembre, il y avait déjà dans le nord un mètre de neige au-dessus de la limite de la forêt, et le mois de décembre a également apporté une météo dynamique avec de nouvelles chutes de neige, mais aussi avec des tempêtes et à diverses reprises un "fort" danger d'avalanche (degré 4).

Fortes chutes de neige et "très fort" danger d'avalanche (degré 5)

Le début de la nouvelle année était caractérisé par des précipitations extrêmement abondantes et un temps doux: C'était le mois de janvier le plus doux depuis le début des mesures de MétéoSuisse en 1864. A haute altitude, il est tombé en l'espace de 25 jours de 2,5 à 5 m de neige sur une grande partie du territoire; les quantités les plus importantes ont été enregistrées en Valais, une région habituellement plutôt sèche. Certaines stations atteignaient même des quantités de neige fraîche qui ne se présentent qu'une fois tous les 75 ans. Les chutes de neige étaient les plus intenses à la fin de cette période avec de 2 à 3 m de neige fraîche en une semaine. Ces quantités sont également rares, elles ne sont atteintes que tous les 15 à 30 ans. A la fin des précipitations, le 22 janvier, la limite des chutes de neige est montée à environ 2000 m. Même si la constitution du manteau neigeux était bonne, il a fallu annoncer le degré de danger maximal (5, très fort) sur une grande partie du territoire pour la première fois depuis l'hiver avalancheux de 1999. De nombreuses grandes avalanches et parfois de très grandes avalanches se sont produites surtout en Valais et dans certaines parties des Grisons. A moyenne altitude, la neige humide ralentissait sur leur parcours vers la vallée les avalanches de poudreuse qui s'étaient décrochées plus haut dans la neige sèche, de sorte qu'aucune zone d'habitations n'a été touchée. Mais dans certains cas, elles ont été épargnées de justesse. Globalement, les mesures de protection ont fait leurs preuves, qu'elles concernent les constructions, l'aménagement du territoire ou l'organisation, de sorte que pendant cette période des biens matériels tels qu'une ligne à haute tension, des cabanes d'alpage, des routes ou la forêt ont certes été touchés, mais on ne déplore pas de dommages corporels.

Au-dessus de la limite de la forêt, et plus particulièrement en Valais, les abondantes précipitations de janvier ont donné lieu à des hauteurs de neige nettement supérieures aux valeurs moyennes. A basse altitude, il n'y avait pratiquement plus de neige après la pluie.

Déclenchements d'avalanches de plaque de neige dans les couches fragiles proches de la surface

Après les fortes chutes de neige de janvier, la situation avalancheuse était bonne. La période de deux semaines de temps froid de début février a toutefois donné lieu à la métamorphose de la surface neigeuse en grands cristaux anguleux. Dès que ceux-ci ont été recouverts de neige fraîche, ils constituaient une couche fragile délicate dans laquelle les adeptes des sports d'hiver pouvaient pendant assez longtemps déclencher des avalanches de plaque de neige. Par la suite également, des couches fragiles ont constamment été enneigées et des avalanches étaient déclenchées par des personnes.

Avalanches de glissement

Les avalanches de glissement se produisent lorsque le manteau neigeux s'humidifie au niveau du sol et glisse sur de l'herbe lisse ou des plaques rocheuses. Elles sont typiques par enneigement précoce et hiver très neigeux. Ces deux conditions étaient remplies cet hiver, de sorte que les avalanches de glissement constituaient une menace persistante, qui malheureusement a entraîné deux accidents mortels, dont l'accident le plus grave de cet hiver.

Avril doux avec localement de grandes avalanches de neige mouillée

En raison du mois de mars frais et souvent nuageux, ce n'est qu'en avril que le manteau neigeux s'est humidifié jusqu'à des altitudes relativement élevées. Comme les hauteurs de neige étaient importantes, c'étaient surtout les avalanches de glissement qui avaient une grande hauteur de rupture, parce qu'elles entraînent toujours tout le manteau neigeux. Grâce à la bonne constitution du manteau neigeux, de grandes avalanches de neige mouillée ne se sont déclenchées que localement et l'activité d'avalanches de neige mouillée était limitée.

 

Classification climatique

Après les chutes de neige de la première moitié de novembre, il y avait déjà un manteau neigeux hivernal continu au-dessus de 1000 m environ. Un mois de décembre froid en montagne avec des quantités de précipitations supérieures aux valeurs moyennes a entraîné une augmentation constante de la hauteur de neige. Le 11 décembre, il est tombé des quantités exceptionnelles de neige à basse altitude dans le centre du Valais, la station de MétéoSuisse à Sion (480 m) enregistrant une nouvelle valeur record avec 60 cm de neige fraîche en 24 heures. Contrairement aux deux débuts d'hiver précédents avec peu de neige, il y avait à la fin de l'année près d'une fois et demi la quantité normale de neige dans l'espace alpin.

Le mois de janvier était caractérisé par des précipitations exceptionnellement abondantes et, parallèlement, il était le plus doux depuis le début des mesures. Ces conditions ont entraîné, d'une part, la fonte totale de la neige à basse altitude, et d'autre part, des quantités extrêmes de neige à moyenne et à haute altitude. Les stations de mesure de Saas-Fee et Zermatt qui effectuent des relevés depuis de nombreuses années ont enregistré les sommes de neige fraîche les plus élevées pour un mois de janvier depuis le début des mesures il y a plus de 70 ans. Globalement, au cours de la période de précipitations de 25 jours du 30 décembre au 23 janvier, jusqu'à 5 m de neige fraîche ont été mesurés au-dessus de 2000 m dans certaines parties du Valais et du Tessin. Cela correspond à 60 à 80% des sommes de neige fraîche mesurées pendant la période de 30 jours de janvier/février 1999 sur le versant nord des Alpes. Au cours de la seconde moitié de janvier, la hauteur de neige a atteint en de nombreux endroits sur l'ensemble des Alpes suisses de nouvelles valeurs records pour les jours correspondants.

Le mois de février était plus froid et plus sec que d'habitude. Le mois de mars était également plutôt frais, mais couvert, et il est à nouveau tombé d'importantes quantités de neige dans le sud ainsi qu'en Suisse centrale. Les hauteurs de neige étaient en conséquence également 1,5 à 2,5 fois plus élevées que la normale début avril en de nombreux endroits.

Le mois d'avril était exceptionnellement doux: Sur le Jungfraujoch, c'était le mois d'avril le plus chaud depuis le début des mesures de MétéoSuisse en 1933. Cela s'est traduit par une fonte rapide de la neige, et à haute altitude par une diminution des hauteurs de neige de plus d'un mètre au nord de l'axe Rhône-Rhin, et d'un peu moins d'un mètre au sud de cet axe. Au-dessus de 1500 m environ, l'hiver était néanmoins particulièrement neigeux comme il ne l'a plus été depuis longtemps. Si l'on considère tout le semestre hivernal, c'est-à-dire la période de novembre à avril, la quantité moyenne de neige était plus ou moins la même qu'en 2008/09. Le dernier hiver avec davantage de neige remonte à 1981/82. En dessous de 1000 m, en revanche, la hauteur moyenne de neige ne correspond qu'à peine à la moitié de la valeur habituelle.

 

Danger d’avalanche

Au cours de l'hiver 2017/18, les degrés élevés de danger (4 et 5) ont été utilisés plus fréquemment que la moyenne pluriannuelle. Avec une fréquence de 3,4 %, le degré 4 (fort) a été utilisé trois fois plus souvent que la moyenne des 10 dernières années (1,1 %). Le degré 5 (très fort) a été annoncé pour 1,5 jour sur une grande superficie. Il n'avait plus été utilisé depuis 2008, et même alors uniquement pour une petite région. La dernière utilisation du degré 5 pour une grande superficie remonte à l'hiver avalancheux de 1999, mais c'était alors pour une période plus longue. En revanche, les situations favorables avec un degré de danger 1 (faible) étaient avec une fréquence de 17 % un peu plus rares que la moyenne pluriannuelle (21 %).

 

Accidents d’avalanche et dégâts matériels

Au cours de cet hiver jusqu'à fin avril, plus de 250 avalanches ayant provoqué des dommages avaient été signalées au SLF. Parmi celles-ci, il y a 143 avalanches déclenchées par des personnes et ayant touché au total 208 personnes, soit un peu plus que 5 % de plus que la moyenne des 10 dernières années. Au total, 18 accidents d'avalanche ont coûté la vie à 26 personnes. Ce qui est plus que la moyenne des dix dernières années, qui est de 21 décès au 30 avril. Pour l'ensemble de l'année hydrologique, qui se termine le 30 septembre 2018, la moyenne des 20 dernières années est de 22 personnes tuées dans des avalanches.

Toutes les victimes d'avalanches étaient des adeptes des sports d'hiver, qui à une exception près, se trouvaient en terrain non sécurisé. Les deux tiers des personnes tuées (18) étaient en randonnée, sept pratiquaient le hors-piste et une se trouvait sur un sentier de randonnée ouvert. Six personnes sont mortes par degré de danger 2 (limité), 19 personnes par degré 3 (marqué) et une personne par degré 4 (fort). Le Valais était de loin la région la plus touchée avec les deux tiers des décès (18), suivi des cantons de Berne avec quatre personnes tuées dans des avalanches, des Grisons avec trois personnes tuées et d'Obwalden avec une personne tuée.

Deux accidents ont chacun coûté la vie à plus de 2 personnes:

  • Dans le Vallon d'Arby (Riddes, VS), quatre personnes ont été touchées et tuées le 16 mars par une grande avalanche de glissement. Les avalanches de glissement tuant des personnes sont rares. Cet accident est le plus grave de ce type dont le SLF ait connaissance.
  • Sur la Fiescheralp (VS), trois personnes d'un groupe de randonneurs à ski ont perdu la vie le 31 mars dans une avalanche de plaque de neige.

Le bilan annuel ne sera établi qu'à la fin de l'année hydrologique (le 30 septembre 2018) et d'ici là les statistiques des accidents peuvent encore évoluer.

 

Bulletins d’avalanches

Le bulletin d’avalanches est diffusé depuis le 5 novembre 2017 et paraît encore quotidiennement à 17h00 jusqu’à nouvel ordre. Du 9 décembre jusqu‘au 15 avril, un bulletin matinal a également été diffusé à 08h00. Le bulletin d’avalanches contient une prévision de danger d’avalanche et des informations générales sur la situation neigeuse. Il couvre les Alpes suisses, le Liechtenstein et, depuis l’hiver 2017/18, également quotidiennement le Jura. Il peut être consulté sur le site www.slf.ch et via l’app „White Risk“ du SLF.

Des bulletins d’avalanches liés à la situation sont également diffusés en été et en automne en cas de fortes chutes de neige. Vous pouvez être informé de la diffusion via l’app „White Risk“ avec notification Push ou vous abonner au service SMS. A cet effet, envoyez un SMS avec le texte „START SLF SOMMER“ au 9234 (désactivation par l’envoi d’un SMS avec le texte „STOP SLF SOMMER“ au 9234; coût: 0.20 CHF/SMS). 

Des informations sur la météo de montagne sont également fournies par le bulletin météorologique spécifique pour les Alpes de MétéoSuisse, tél. 0900 162 138 (1.20 CHF/min) ainsi que par l’App MeteoSwiss.

 

 

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